Dans une enquête vidéo, Mediapart retrace
l’opération de manipulation menée par BFMTV pour essayer de sauver
Nicolas Sarkozy dans l’enquête sur les financements libyens.
Des SMS
révèlent la collusion entre la communicante de l’ancien président et
plusieurs figures de la chaîne.
L’affaire
ne relève pas uniquement du fiasco journalistique mais aussi de la
manipulation. Des SMS saisis par la justice et révélés par Mediapart le
10 juillet illustrent l’incroyable mobilisation de responsables et
figures de BFMTV pour soutenir Nicolas Sarkozy dans le dossier des
financements libyens. Une affaire gravissime dans laquelle l’ex-chef de
l’État, qui est soupçonné d’avoir perçu des fonds du dictateur Mouammar
Kadhafi pour le financement de sa campagne présidentielle victorieuse de
2007, doit être jugé à partir de janvier 2025.
Le 11 novembre 2020, un mois après une nouvelle mise en examen décisive
de Nicolas Sarkozy dans cette affaire (pour association de
malfaiteurs), la première chaîne française d’information en continu
avait diffusé de manière aveugle une courte vidéo, tronquée et non vérifiée,
dans laquelle l’intermédiaire Ziad Takieddine revenait sur toutes ses
déclarations précédentes, réhabilitant soudainement l’ancien président.
En relation constante avec Véronique Waché, conseillère de Nicolas
Sarkozy, l’état-major de BFMTV avait ensuite organisé sa communication
les jours suivants, calomniant également Mediapart, à commencer par son
président de l’époque, Edwy Plenel (l’intégralité de l’interview téléguidée contre Edwy Plenel est à retrouver ici).
Interrogée lors de notre enquête publiée le 10 juillet, Véronique
Waché, véritable tour de contrôle médiatique de l’ancien président, a
fait part de son « indignation la plus totale » et de sa « consternation la plus vive » dans une longue réponse envoyée à Mediapart. Le
directeur général de BFMTV, Marc-Olivier Fogiel, a quant à lui défendu
les choix rédactionnels de la chaîne dans la couverture de l’épisode de
la rétractation de Takieddine. « Dans notre relation avec toutes les
forces politiques, nous temporisons, faisons redescendre la pression
pour que les équipes puissent travailler en toute indépendance, nous a-t-il écrit. Sur
la séquence visée comme pour le reste, aucune consigne évidemment n’a
été donnée. Chacun a pu travailler en toute liberté en recevant tout le
monde. »