par Charles Sannat | 25 Mar 2022 |
Mes chères impertinentes, chers impertinents,
La formule « ultima ratio regum » était l’expression favorite du
cardinal de Richelieu. Le Roi Louis XIV reprit cette formule à son
compte et la fit apposer sur ses canons.
Cette locution latine ultima ratio regum, peut se traduire
littéralement, par « La force est le dernier argument des rois » (du
latin ultima : dernier ; ratio : raison, argument et regum : des rois).
Cette expression signifie que, lorsque tous les recours pacifiques et
diplomatiques ont été épuisés et qu’il ne reste plus aucune solution
raisonnable, on peut se résigner à utiliser la force pour imposer ses
vues.
C’est exactement ce que Poutine a fait le mois dernier en envahissant
l’Ukraine. Je n’ai pas ici de position morale, je constate que la
partie russe pensait que la chance avait été laissée à la diplomatie et
qu’il n’était plus temps de demander permission. Poutine est le méchant
d’aujourd’hui. Pourtant, il est largement envisageable, que demain, ce
soit la Chine qui envahisse Taïwan lassée de demander permission aux
Américains.
Un autre grand cynique de la raison d’état, Clausewitz pour ne pas le
nommer, disait aussi de manière fort juste, que la guerre comme
continuation de la politique par d’autres moyens.
Lorsque la diplomatie échoue, alors, les armes parlent. Qu’il
s’agisse des lances de l’Antiquité, des arcs et des arbalètes du
Moyen-Âge, ou des canons du 20ème siècle.
Se pose alors aujourd’hui une question. Le 21ème siècle sera-t-il celui de l’utilisation de l’arme nucléaire ?
Si cela reste encore peu probable à ce stade, le risque est chaque
fois un peu plus élevé, car chaque tension supplémentaire nous rapproche
du point du recours à l’arme ultime.
C’est dans ce contexte tendu que notre pays, déploie ses sous-marins nucléaires au maximum de nos capacités de dissuasion.
La France renforce son niveau d’alerte et déploie trois sous-marins nucléaires en merLa France vient de rehausser son niveau d’alerte en matière de
dissuasion nucléaire. Désormais, trois des sous-marins dotés de cette
arme sont en mer, une situation inédite.
C’est sans doute le résultat ou tout simplement la réponse à la
mise en alerte maximale des forces nucléaires russes, annoncée par le
Kremlin quasiment au lendemain du déclenchement de sa guerre en Ukraine.
La France notamment, seule puissance nucléaire européenne avec la
Grande-Bretagne, vient aussi de relever son niveau d’alerte nucléaire :
trois des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) dont
dispose la Marine nationale sont désormais à la mer.
Bien sûr, nul n’apportera confirmation ou démenti à ce
déploiement : la Marine nationale et les Forces armées en général ne
communiquent jamais, aucunement, quant aux mouvements des forces
spéciales comme des forces stratégiques, celles sur qui reposent la
dissuasion française.
Avec ses 16 missiles balistiques d’une portée de 8 à 10 000 km
nantis chacun de six ogives nucléaires de 100 kilotonnes, chaque
sous-marin nucléaire lanceur d’engins français peut donc normalement
remplir à lui seul la mission principale de dissuasion. La force de
frappe française est en mesure de dissuader n’importe quel agresseur de
s’en prendre au territoire national, à moins de vouloir subir une
réponse dévastatrice.