Monsieur,
je viens d’apprendre que je ne serai donc pas sélectionné pour dépasser, le 20 juillet prochain et en votre compagnie, la ligne Karman. Celle qui définit, à quelques 100 kilomètres d’altitude, la limite entre l’atmosphère terrestre et l’espace. Un autre que moi a donc été choisi, car il a su trouver les 28 millions de dollars lui donnant le droit de pouvoir participer à ce premier vol touristique spatial.
Cloué au sol avec quelques 7 milliards d’individus un peu trop classiques, je suis donc condamné à suivre vos aventures par médias interposés dans une débauche d’annonces qui feront de vous, à n’en point douter, le pionnier des milliardaires mis sur orbite. Audiard avait, à ce titre, une formule que je vous laisse le soin d’apprécier…
28 millions de dollars pour s’envoyer en l’air en compagnie du type le plus riche de la planète, pendant qu’Amazon inonde le monde de petites boîtes en carton destinées à celles et ceux qui financent vos fantasmes avec leurs emplettes. Dans le genre aviateur et bien que je ne sois pas un inconditionnel de son Petit prince, je trouvais Saint Ex plus généreux, Gagarine plus héroïque, Armstrong plus conquérant, Guynemer plus méritant, Mermoz plus prestigieux, Satanas et Diabolo beaucoup plus sympathiques. Sachant que ces derniers ne prenaient jamais leurs semblables pour des pigeons et se contentaient d’en poursuivre un seul, le nommé Zephyrin, intrépide ramier qu’ils ne sont, vous vous en souvenez peut-être, jamais parvenus à rattraper. Ces deux là ont accompagné mon enfance avec quelques éclaireurs que j’essayais de retrouver dans le ciel étoilé quand, le soir venu, la pointe des cyprès badigeonnait la lune, astre blond au regard un peu désolé.
Depuis, vous êtes quelques-uns à nous avoir fait comprendre que tout pouvait s’acheter sans courage ni mérite, sans expérience ni volonté.