
2 mai 2022
Réseau International
par Fabrice Garniron.
Le manichéisme et la désinformation des médias face au confit en Ukraine nous ramènent quelques trente ans en arrière.
Angélisation des uns et satanisation des autres, bourreaux sadiques d’un côté et victimes suppliciées de l’autre, soldatesque avide d’exactions barbares contre un peuple héroïque et soudé dans une même résistance : les ressemblances avec la guerre en Bosnie (1992-1995) sont flagrantes, pour ne pas dire aveuglantes.
Dans l’actuelle mise en scène médiatique du conflit en Ukraine, on l’a compris, les Russes sont dans le rôle des méchants, rôle tenu à l’époque par les Serbes ; les Ukrainiens dans celui des gentils, rôle tenu alors par les Musulmans bosniaques. Quant à celui des médias, il consiste, aujourd’hui comme hier, à séparer le bon grain des gentils de l’ivraie des méchants pour décréter ce qu’il est convenable de penser. Un magistère moral des plus douteux, comme le montrera l’examen rapide des dérives médiatiques lors de la guerre en Bosnie.
Tout aussi frappante est la similitude des stratégies de Kiev et de Sarajevo. Kiev cherche, comme ce fut le cas des musulmans bosniaques, à soulever l’indignation de l’opinion occidentale. Ce qui, dans les deux cas, fait de cette opinion une cible prioritaire. Car une fois celle-ci mise en condition par des images dûment sélectionnées, son indignation devient un levier puissant, voire décisif. Il permet de faire pression sur les Etats de l’OTAN pour qu’ils s’engagent dans une intervention encore plus directe et massive. Dans cette perspective, le cynisme absolu des moyens est d’une importance toute secondaire, notamment pour ceux qui aiment tant se gargariser de leurs « valeurs ». Car en Bosnie comme en Ukraine ou ailleurs, seuls comptent l’objectif et le résultat : à savoir l’extension indéfinie, quel qu’en soit le prix, de l’influence économique, culturelle, politique, militaire et stratégique de l’hyper puissance. Or celle-ci, soutenue par ses vassaux européens, est prête à tout pour le rester et conserver son statut de « nation indispensable » autoproclamée pour diriger les affaires du monde. Autant d’analogies qui ont de quoi inquiéter quant à la fiabilité de la présentation médiatique des évènements en Ukraine.
Mensonges médiatiques
Mais revenons à la guerre de Bosnie pour ce bref bilan de l’« information »1. D’emblée, on peut affirmer que les postures moralisatrices ayant ponctué le conflit ont dissimulé une pratique du mensonge qui a été ininterrompue et systématique. Avec un objectif pour le moins éloigné de la morale : falsifier la réalité bosniaque et « travailler » l’opinion jusqu’à ce qu’elle consente, voire exige, une intervention de l’OTAN contre les Serbes.
Sans prétendre faire ici une liste exhaustive des innombrables mensonges et omissions mensongères diffusés à l’époque par les médias occidentaux, nous nous limiterons à en citer les principaux.
Fut d’abord occultée la responsabilité des autorités musulmanes dans le déclenchement du conflit. L’accord de paix, qui avait été signé en mars 1992 par les représentants musulman, serbe et croate pour empêcher la guerre, a été déchiré par le représentant des Musulmans bosniaques une semaine après qu’il l’ait lui-même signé. La guerre commencera quelques jours plus tard, début avril 1992.
Signalons également que pour mieux accréditer la thèse d’un « génocide » commis par les Serbes, les médias trichèrent systématiquement sur le nombre des victimes, surévaluant grossièrement celui de victimes musulmanes et ignorant purement et simplement celui des victimes serbes. Les chiffres établis après-guerre confirmeront que ceux qu’ils donnèrent pendant le conflit n’étaient que pure propagande.
Rappelons encore que les médias ont fait croire que les Serbes avaient commis sur ordre de leurs autorités des dizaines de milliers de « viols systématiques » de femmes musulmanes. On saura ultérieurement que le nombre de témoignages sur lesquels ils se basaient ne dépassait pas une vingtaine de victimes qui, de plus, n’étaient pas toutes musulmanes mais aussi serbes et croates. Quant aux prétendues consignes de « viols systématiques » données aux combattants serbes par leurs chefs, on n’en a jamais vu la trace.