
« Toutes n’en meurent pas, mais toutes sont frappées » : c’est le lot de presque toutes les professions depuis la pandémie, et la médecine n’y échappe pas.
Mais si les joutes pseudo-scientifiques par écrans interposés entre patrons petits et grands – ou entre praticiens de base autoproclamés virologues ou épidémiologistes – ont largement contribué à décrédibiliser la profession, elles ont aussi mis en évidence et aggravé un phénomène plus antérieur : le clivage générationnel. La querelle des Anciens et des Modernes n’est certes pas née au XXIe siècle, et on sait depuis longtemps que les jeunes cons sont plus dangereux que les vieux, puisqu’ils ont tout l’avenir devant eux.
Mais de leur apprentissage basé sur le compagnonnage, les médecins avaient longtemps conservé le respect de l’expérience des anciens, dans une activité qui, pour être fondée sur la science, n’en était pas moins toujours un art. Un peu comme la cuisine, qui a ses grands principes, mais qu’on peut toujours enrichir d’une petite note personnelle, intuitive, basée sur la méthode des essais et des erreurs : « J’ai fini par faire comme ça, et ça a toujours marché… »
Mais dans les années 80, l’evidence based medecine (EBM, « médecine basée sur des preuves ») a commencé à asservir la médecine à la pure rationalité technicienne : chaque décision médicale devait désormais se justifier par des études validées et respecter les protocoles et les bonnes pratiques, sous peine de se retrouver au tribunal au moindre pépin.