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dimanche 26 juin 2022

Crédibilité et respect des usages : Face à La France Insoumise, le RN compte incarner la France bien mise


 
 
 
 Gabrielle Cluzel 25 juin 2022

Passée la divine surprise, voici le temps de l’action. 

Marine Le Pen sait qu’elle est attendue au tournant. Leurs adversaires ont volontiers reproché aux députés de l’Assemblée leur manque d’assiduité et de visibilité. La réponse était toute trouvée : sans un groupe, impossible de faire sa place.

À présent, tous les moyens sont là, reste au parti à faire ses preuves. Selon le dernier sondage Elabe de BFMTV, une majorité de Français estiment que « le RN sort plus renforcé que jamais du dernier scrutin ». Il ne s’agit pas d’avoir franchi le Rubicon pour finalement y pêcher à la ligne, selon la formule bien connue du général de Gaulle. L’enjeu principal est la crédibilité.

Et tout commence par la tenue, dans tous les registres. D'abord vestimentaire. Marine Le Pen a recommandé aux hommes le port de la cravate. Face à la France insoumise, ils seront la France bien mise. On se souvient qu’il y a cinq ans, pour leur premier jour à l’Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon et ses « insoumis » étaient  arrivés sans cravate. « Il y avait des sans-culottes, il y aura maintenant des sans-cravates », avait clamé bravache le président du groupe d’extrême-gauche. C’était pour lui le signe que « le peuple [rentrait] à l’Assemblée ». Sauf que cultiver le style débraillé n’est pas la marque du prolo, mais le snobisme du bobo. On pourrait dire son luxe, car si le black bloc étudiant à la Sorbonne, peut sans dommage, traîner hirsute et dépenaillé sur le bitume parisien, l’apprenti pâtissier, frais émoulu de son CAP, ne peut prendre les mêmes privautés dans l’hôtel-restaurant où il est employé. Les électeurs, même des classes populaires, sont-ils fiers d’être représentés par Les bronzés à l’Assemblée ? On peine à le croire. Parce qu’ils ont peu de moyens, ils n’auraient donc le droit, une fois de plus, comme pour la lessive et les yaourts, qu’à des élus au packaging low cost ? « Dans les mouvements ouvriers du XIXe siècle, on valorisait l’éducation, pas la veulerie et la grossièreté », disait Luc Ferry en 2017. Faut-il que la NUPES, qui a bien moins d’employés, d’ouvriers et d’agriculteurs dans ses rang que le RN ait trop regardé Les Tuche pour imaginer le peuple hermétique à toute notion d’usage ? Que voulait donc dire le mot « endimanché » sinon, pour les milieux populaires, s’habiller autrement qu’à l’ordinaire pour les grandes occasions ? Et la cravate, accessoire viril s’il en est, est un discret coup de pied de l’âne aux théories déconstructrices de la gauche.

Le RN entend montrer aussi son respect des codes et des usages à l’Assemblée. Pendant que la NUPES tape déjà bruyamment dans les gamelles en promettant une motion de censure et en réclamant des têtes  (d’Abad ou de Chrysoula Zacharopoulou). Marine Le Pen promet une « opposition ferme mais constructive ». Pour ce faire, il faudra que le travail soit au rendez-vous. Elle-même a démissionné de ses fonctions à la présidence du RN pour se consacrer à ce nouveau mandat. Mais cette arrivée massive de députés néophytes, aux métiers souvent bien éloignés des sphères politiques ou intellectuelles n’est pas sans risques. Il faut recruter rapidement 100 à 200 assistants parlementaires pour les députés, et 20 à 40 pour le groupe. L’Institut de Formation Politique (IFP), qui comporte un module de formation spécifique pour ce type de poste, écume ses réseaux et épluche son carnet d’adresse. Alexandre Pesey, directeur de cette pépinière dédiée aux jeunes de droite désireux de s’engager dans la cité et qui s’enorgueillit de compter dans cette nouvelle mandature huit anciens (députés RN, LR… mais aussi un LaREM), relève que dans ce registre aussi, le plafond de verre vole en éclat : des attachés parlementaires LR cherchent à rejoindre le groupe RN (même si leur député a été réélu), enjambant allègrement le cordon sanitaire, jugeant sans doute, par son côté transgressif et inattendu, cette aventure plus « Rock'n Roll ». Un autre vivier pour recruter pourrait être celui aussi de génération Z. Car si Marine Le Pen a conquis avec le succès que l’on sait les classes populaires, Éric Zemmour a levé un beau cheptel de jeunes étudiants, qui aujourd’hui pourraient être tentés de trouver un débouché professionnel à leur militantisme, partageant avec leur génération la soif d’exercer un métier ayant du sens. Certains - parmi les moins médiatisés, il est vrai - auraient déjà frappé à la porte, voire auraient été sollicités. La recomposition politique passe aussi par là.

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