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dimanche 30 janvier 2022

Comment torpiller EDF en 6 mois


 
 
 
 Bertrand Renault 29 janvier 2022

Notre super technocrate et ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, et sa collègue Barbara Pompili, faire-valoir de l’écologie à la sauce Macron, l’ont promis. 

L’augmentation du coût de l’électricité sera plafonnée à 4 % pour les usagers français en 2022. 

Et d’affirmer que sans sa détermination à « protéger » le pouvoir d’achat des Français, la hausse aurait été de +44,5 % en ce début d’année. Merci et bravo Bruno, nous l’avons échappé belle !

Quel bonimenteur, ce Bruno ! Ça va, en réalité, coûter au contribuable au moins 16 milliards d’euros, sans compter le chèque « énergie » de 100 € déjà versé (3,8 milliards d’euros). Ça peut tout, « l’argent magique ». Remercions, ici, la direction de l’entreprise EDF d’accepter de se faire empapaouter par deux ministres et un Président qui ne seront peut-être plus en poste dans trois mois.

Un peu d’Histoire. 90 % de l’électricité française provient des centrales nucléaires et hydroélectriques, toutes deux sources d’indépendance énergétique décarbonée. Pourtant, depuis au moins une dizaine d’années, nos politiques n’ont fait que tergiverser, godiller et « technocratiser » le marché de l’électricité. Immobilisme de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, achat politique des voix des écologistes par François Hollande, inconséquences des décisions de Macron avec la fermeture de Fessenheim n’en sont que quelques exemples.

Personne ne s’en souvient, mais fin 2010, l’État français, pour se conformer à la doxa bruxelloise de la concurrence avec un grand C, vote la loi dite NOME (nouvelle organisation du marché de l’électricité) qui a pour objet de créer ex nihilo un marché concurrentiel de l’électricité, jusqu’à alors monopole d’EDF. 

Objectif claironné : faire baisser les prix, donc les factures, des foyers. Mais EDF produit l’électricité la moins chère d’Europe grâce aux centrales nucléaires et à l’hydroélectricité et répond déjà à tous les besoins des Français, au point même d’exporter une partie de sa production d’électricité.

Rapidement, il y a comme un bug : le monopole EDF produit moins cher que les concurrents qui, en réalité d’ailleurs, ne produisent aucun kilowatt heure d’électricité mais se contentent de la distribuer. Pour les grands prêtres de la concurrence à tout crin, c’est une hérésie. Ainsi, EDF s’est vue contrainte de vendre à ses concurrents des kilowatts-heures… au prix de production EDF, donc décidé par l’État - plus précisément par une autorité, la CRE (Commission de régulation de l’énergie). Le prix est de 42 € le mégawatt-heure, inchangé depuis 2012.

Pour nous résumer, EDF vend de l’électricité à prix coûtant à des concurrents qui la revendent à des clients EDF au nom de la « saine concurrence ». En réalité, ce marché ne sert à rien sauf à se conformer à la doxa bruxelloise de la sacro-sainte concurrence.

C’est donc, bien entendu, un manque à gagner de chiffre d’affaires pour EDF qui a pourtant beaucoup à faire pour préparer l’avenir. Investir dans les énergies renouvelables. Investir dans la maintenance et la prolongation du parc nucléaire existant. Financer sa dette. Augmenter son capital pour faire face à sa dépréciation boursière (-35 % en un mois) et au boulet de 16 milliards d’euros légué par et Barbara Pompili.

Comme EDF ne vend qu’une partie de son électricité à prix coûtant à ses concurrents, ces derniers se fournissent, pour le solde, sur le marché erratique de l’énergie, indexé sur les prix du pétrole et du gaz.

Pour rappel, les prix du pétrole et du gaz se sont respectivement envolés +60 % et de +73 % sur les douze derniers mois.

Et tout cela se répercute inévitablement sur vos factures. À trois mois de l'élection présidentielle, hors de question d’annoncer aux Français une hausse du prix de l’électricité de l’ordre de 44,5 %.

Enfin, cet hiver, il faut rouvrir des centrales à charbon, grand consommateur de CO2 (gaz carbonique), CO2 qu’il va, en plus, falloir compenser sur le marché des droits à polluer.

Aucune éclaircie ne semble vouloir se présenter. Alors, rendez-vous après le 24 avril, sans Bruno ni Barbara.

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