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samedi 25 décembre 2021

Le naufrage vaccinal du Pape François et l’héritage oublié de Jean-Paul II


 

 Le grand inquisiteur (tableau de Ilya Glazounov (1930-2017)
 
parEdouard Husson
25 décembre 2021

Jeudi 23 décembre, le Pape François a franchi encore un pas dans l'abus d'autorité fréquent qui caractérise - de l'avis de nombreux insiders - son gouvernement de l'Eglise. 
 
L'obligation vaccinale a été imposée à tous les employés de l'Etat du Vatican. On avait connu le Saint-Siège, tout au long du XXè siècle, comme l'un des guides de l'humanité face au totalitarisme. Qu'a-t-il bien pu se passer pour qu'un successeur des grands papes lutteurs du XXè siècle se fasse l'auxiliaire des forces les plus oppressives de notre temps ? Nul doute que le Souverain Pontife plonge l'Eglise dans une crise sans précédent. Les premières oppositions, radicales, se font entendre. Mais il n'y a pas d'autre voie pour l'Eglise que la redécouverte, deux décennies après sa mort, de l'enseignement de Jean-Paul II sur les fondements de la liberté. 
 
 

Le Vatican a imposé jeudi 23 décembre une obligation vaccinale, en publiant un décret exigeant que tous les employés soient en possession d’un “laissez-passer vert” prouvant la vaccination contre le coronavirus.

Cette mesure fait suite à un précédent décret pris par le Vatican en septembre, qui exigeait que toute personne entrant dans l’État de la Cité du Vatican présente soit une preuve de vaccination complète, soit un test COVID négatif, soit une preuve de guérison du virus.

Lorsque la Cité du Vatican est devenue en janvier 2021 le premier pays à offrir les vaccins COVID-19 à tous ses citoyens et employés, y compris le pape François et le pape émérite Benoît XVI, il n’y avait pas d’obligation, de sorte que plusieurs employés ont choisi de ne pas se faire vacciner. Désormais, cette liberté est abolie

Selon le décret du 23 décembre signé par le secrétaire d’État du Vatican, le cardinal italien Pietro Parolin, les tests négatifs réguliers ne sont plus suffisants, et ceux qui ne possèdent pas de laissez-passer de vaccination ou de preuve de guérison du COVID-19 seront interdits de venir travailler et ne seront pas payés.

Le personnel ne possédant pas un laissez-passer vert valide ou une preuve de guérison “ne pourra pas accéder au lieu de travail et devra être considéré comme absent sans justification, avec la suspension conséquente du salaire pour la durée de l’absence”, précise le décret.

Ces nouvelles règles, qui entreront en vigueur le 31 janvier 2022, s’appliquent à tous, des chefs de service et des fonctionnaires aux employés ordinaires, en passant par les collaborateurs externes, les contractants et toute personne ayant un contact quelconque avec le public dans le cadre de son travail.

Chaque bureau du Vatican est tenu de vérifier le respect des nouvelles mesures en désignant une personne chargée d’effectuer des contrôles réguliers pour identifier les éventuelles infractions. Autant dire que le Pape François met en place un état de surveillance et de délation. Dans les grands départements, cette tâche a été confiée aux sous-secrétaires.

Faut-il s’étonner qu’au moment où le Saint-Siège met en place la vaccination obligatoire, l’Académie pontificale des sciences publie un avis favorable à la vaccination des enfants?. On ne s’étonnera pas de la concomitance; en revanche comment ne pas sursauter de voir une instance consultative majeure du Vatican encourager la transformation des enfants en proie pour une industrie pharmaceutique qui pense plus aux profits à réaliser dans le climat de panique mondiale qu’à la santé des gens? Où est passée la culture de la miséricorde prônée au début du pontificat? 


Peron au Vatican

Pour ceux qui sont étonnés, tout d’abord, de constater qu’un Pape puisse ainsi imposer la contrainte dans le Vatican qu’il gouverne, je recommande de lire l’excellent livre de Henry Sire, qui montre la face cachée d’un pape qui prêche beaucoup la miséricorde mais de l’avis de toutes les personnes que j’ai pu interroger parmi les employés du Vatican depuis 2013, la pratique peu. Henry Sire annonce la couleur dès les premières lignes de son livre sans concession: “Discutez-en avec les catholiques de Buenos Aires. Ils vous diront le changement miraculeux qui s’est produit chez Jorge Maria Bergoglio. Leur  archevêque maussade et morose s’est transformé du jour au lendemain en pape François souriant et jovial, l’idole de ce peuple auquel il s’identifie sans réserve. Parlez-en à quiconque travaille au Vatican, on vous décrira le même miracle, mais à l’envers. Lorsque les feux de la rampe sont éteints, le pape François devient un personnage tout autre: arrogant, méprisant à l’égard de ceux qui l’approchent, adepte d’un langage grossier, tristement célèbre pour ses accès de colère...”. 

Oui, il ne fait aucun doute que les employés du Vatican sont victimes de l’autoritarisme du vieux Pontife. Mais il y a plus que cela. 


Les liaisons dangereuses d'un pape jésuite avec le totalitarisme contemporain

Cependant, ce qui se joue avec l’obligation vaccinale et le soutien à la vaccination des enfants dépasse largement la question de l’autoritarisme d’un vieillard irascible.  Le Pape François s’est énormément compromis personnellement et a même engagé l’institution sur laquelle il exerce l’autorité suprême

(1) en prenant partie pour la vaccination – il l’a présentée comme un “acte d’amour”;  étonnant de la part d’un pontife qui ne cesse de dénoncer la culture de l’utilitarisme et la dévastation de l’environnement ! Où est l’amour dans le fait de cautionner la transformation de l’humanité en gigantesque population test d’une nouvelle technologie vaccinale dont on ne connaît pas encore l’efficacité réelle ni les risques pour l’être humain?  Où est le respect de l’environnement dans le soutien à une politique de confinements et de “gestes barrière” qui aboutit par exemple aux déchets créés  par les milliards de masques usagés? 

(2) en laissant l’Académie Pontificale prôner la vaccination des enfants.  Ce faisant le Pape livre en pâture les petits à la logique folle des politiques sanitaires de sociétés sans enfants ou en ayant très peu. On aurait attendu que le Pape dénonce le port du masque à l’école, les tests imposés aux enfants, la culture de la peur à laquelle ils sont encore plus vulnérables que les adultes. De nombreuses voix ont commencé à s’élever, pour montrer que ce n’est que la face émergée de l’iceberg. Fondamentalement François cautionne un système où 80% des vaccins mis sur le marché ont utilisé des cellules de foetus avortés à un stade ou un autre de la fabrication. Si ce n’est pas l’acceptation d’une culture de l’utilitarisme et de l’être humain transformé en déchet, de quoi s’agit-il? Comment l’Eglise peut-elle renoncer à ce point à défendre la vie, ce qu’elle faisait si bien sous les papes précédents – en étant certes très critiquée mais aussi respectée comme le dernier garde-fou en cas de basculement transhumaniste ?  

L’obligation vaccinale au Vatican est comme un cadenas qui se referme sur un dispositif de soumission aux intérêts du mondialisme. Comme nous l’avons déjà montré dans ces colonnes, le Pape a largement abandonné la doctrine sociale de l’Eglise pour adopter la politiques des élites progressistes ce qu’on appelle par commodité le Great Reset

+ plaidoyer pour l’écologie plus proche de la COP26 que de la tradition chrétienne de méditation sur la Création. 

+ plaidoyer pour l’immigrationnisme absolu

+ mise en sourdine de la défense inconditionnelle de la vie telle qu’elle avait été formulée par Saint Paul VI, Saint Jean-Paul II et Benoît XVI. François a en particulier effectué une purge des responsables de l’Institut Jean-Paul II pour la famille. 

+ réhabilitation de la théologie marxisante dite de la “libération”, en particulier à l’occasion du “Synode pour l’Amazonie”. 

Ceux qui ont une certaine familiarité avec la dialectique marxiste ne seront pas étonnés que le même personnage puisse à la fois servir des diatribes contre le capitalisme et aligner l’Eglise sur les intérêts de l’industrie pharmaceutique – et du capitalisme de connivence en général. Jeffrey Sachs, auteur des thérapies de choc “néo-libérales” des années 1990 en Europe de l’Est, est devenu aujourd’hui un chantre des “Objectifs de Développement Durable” de l’ONU.  Il ne perd pas une occasion de répéter que la terre se porterait mieux avec seulement 400 millions d’habitants; et ne s’est jamais caché de favoriser l’avortement comme moyen de régulation démographique. Cela n’a pas empêché François de nommer Sachs membre de l’Académie Pontificale des Sciences. 

Comme disait mon maître Claude Tresmontant quand je suivais ses cours à la fin des années 1980 à la Sorbonne: le problème des Jésuites, c’est qu’ils ont remplacé, depuis les années 1930, l’étude de Saint Thomas d’Aquin par celle de Hegel. On n’en sort pas indemne ajoutait-il avec un peu de tristesse en se rappelant ce qu’a été la Compagnie de Jésus. 

Cela donne un pape qui ne cesse de brimer les plus fidèles parmi les catholiques (voir la persécution des Franciscains de l’Immaculée, épisode particulièrement abject digne d’un régime totalitaire; ou la restriction drastique de l’autorisation, donnée par Benoît XVI, de célébrer largement la messe dans le rite extraordinaire, dit tridentin). Et qui dialogue en revanche volontiers avec des personnes dont l’idéologie est en tout point antichrétienne. 


La caution religieuse du Great Reset source de fractures dans l'Eglise
 
 

Dans les Frères Karamazov, Dostoïevski a inséré le génial récit du Grand Inquisiteur: Ivan Karamazov raconte à son frère Alexeï la confrontation entre Jésus-Christ et le cardinal Grand Inquisiteur. Le cardinal, qui a fait arrêter Jésus, projette de le mettre à mort une seconde fois et lui explique pourquoi: défendre l’idée selon laquelle « les humains sont attachés aux idées de Liberté et d’Amour du prochain » est une attitude bien naïve. C’est au-dessus des forces de la quasi-totalité des êtres humains ;

Lui, le Grand Inquisiteur au contraire, a parfaitement compris, explique-t-il au Christ,  les besoins et les attentes réelles de la société; il connaît les voies « efficaces » du mystère, du miracle et de l’autorité qui mèneront l’humanité au bonheur. 

Comment ne pas être frappé par la ressemblance entre le récit de Dostoïevski et le comportement du Pape François: Dans sa vision des choses, l'”Église”, appui du Great Reset, donnera aux hommes l’illusion non seulement d’être heureux parce qu’ils disposeront d’un “revenu universel”, mais aussi d’être libres, puisque «…nous leur consentirons même le péché» – comme le déclare le Grand Inquisiteur- , «parce qu’ils sont faibles et ineptes, et ils nous aimeront comme des enfants, parce que nous leur permettrons de pécher….»  Adhérer comme le fait François au programme de Davos ou aux Objectifs du développement Durable, c’est vouloir faire entrer l’humanité dans un régime de surveillance dont elle ne se rendra pas compte puisqu’on lui laissera la liberté des mœurs. La monnaie sera numérique et il sera possible de bloquer le  compte en banque d’un sujet récalcitrant mais tous ceux qui se soumettront auront à manger. 

L’Eglise a eu, depuis le Bienheureux Pie IX (au moins) un enchaînement de papes remarquables, qui ont lutté pour l’intégrité de la raison humaine contre tous les rabougrissements de la philosophie moderne; qui ont formulé une doctrine sociale contre les abus du capitalisme et les illusions du socialisme; qui ont organisé la lutte contre les totalitarismes fasciste et communiste.

Les catholiques ont d’abord hésité à critiquer François. Nous avions oublié que “l’infaillibilité pontificale”, outre le fait qu’elle ne concerne que “la foi et les moeurs”, n’est pas liée à la personne mais à la fonction pontificale. François a peu touché à l’enseignement doctrinal de l’Eglise – la théologie ne l’intéresse pas; il n’a pas mis en cause ouvertement son enseignement moral – juste fait preuve de laxisme dans ses appréciations.  Habitués à respecter leurs papes, à les admirer même, les catholiques ont mis du temps à se rebeller. Mais cette fin d’année 2021 – avec d’une part l’extinction visée de la liturgie extraordinaire et d’autre part la caution aux pires pratiques du capitalisme de connivence – est en train de faire basculer une partie du clergé et des fidèles dans une “correction fraternelle” ouverte.  C’est sans aucun doute le plaidoyer pour la vaccination des enfants qui fait basculer l’opinion catholique. 

Tels Saint Paul rappelant Saint Pierre à son devoir, Monseigneur Vigano, ancien nonce aux Etats-Unis, et le Cardinal Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, ont dénoncé avec force l’entrée de l’idéologie du Grand Reset dans les déclarations pontificales. le catholicisme nord-américain est devenu le milieu dans lequel s’exprime le plus ouvertement une critique du comportement pontifical; il est le fait de laïcs qui se sont formés à l’école de Jean-Paul II et Benoît XVI. En France et ailleurs en Europe on voit se former sur telegram ou sur Signal des réseaux de résistants aux injonctions pontificales sur le vaccin – en particulier sous l’impulsion de la grande chercheuse et catholique de conviction Alexandra Henrion-Caude. 


Ce que disait Jean-Paul II en 1995 devant l'ONU
 

Comme le suggère la lecture de la biographie que George Weigel a consacrée à  Jean-Paul II, le pape des années 1978-2005 a certes placé l’Eglise au cœur de la mondialisation mais ceux qui lui succèdent ont sous-estimé l’adaptation que demande à l’Eglise la transformation réalisée par le pape polonais. Benoît XVI a démissionné, épuisé par la complexité du gouvernement de l’Eglise devenue universelle non pas seulement dans ses discours mais dans les faits.

Les cardinaux n’ont pas trouvé la recette:  comment passer d’un choix par une assemblée majoritairement italienne d’un cardinal italien  à la sélection d’un pape dans une assemblée de cardinaux véritablement internationale.?

Elire le Cardinal Ratzinger après Jean-Paul II avait paru un choix sûr; mais cela ne s’est pas avéré. Jorge Maria Bergoglio avait les réseaux internationaux mais il lui manque la sûreté de la doctrine et un authentique cosmopolitisme.  

Le Cardinal Vingt Trois déployait, selon nos informations,  sa causticité en privé, au sortir du dernier conclave en 2013. Il parlait de la “nécessaire mise à niveau” du cardinal argentin qui allait devoir apprendre à penser à l’échelle du monde et non plus seulement de l’Argentine. Une fois que l’on a dit cela, on n’a rien dit !  Les cardinaux n’ont pas su faire émerger un meilleur choix après la terrible déconvenue du départ de Benoît XVI.  

Il faudra sans aucun doute du temps à l’Eglise pour une mise à niveau. Mais est-il au fond méthode plus sûre que de se référer à celui qui a fait émerger l’Eglise du nouveau millénaire, Jean-Paul II lui-même?  

Son enseignement est plein de pépites. En préparant cet article je suis tombé sur le discours d’une extraordinaire prescience qu’il avait prononcé en 1995 à New York pour la cinquantième Assemblée Générale des Nations Unies. Il y anticipait la peur qui pouvait s’emparer d’un monde exaltant la liberté mais incapable de dire à quoi il voulait la faire servir. J’ai mis en caractères gras ce qui me paraissait le plus frappant  d’anticipation d’une panique comme celle qui caractérise le comportement face au COVID-19: 

L’un des plus grands paradoxes de notre temps est que l’homme, qui est entré dans la période que nous appelons celle de la “modernité” par une affirmation confiante de sa “maturité” et de son “autonomie”, approche de la fin du vingtième siècle avec une crainte de lui-même, avec la peur de ce qu’il est lui-même capable de faire, la peur de l’avenir. En réalité, la seconde moitié du vingtième siècle a connu le phénomène sans précédent de l’incertitude de l’humanité face à la possibilité même d’un avenir, en raison de la menace d’une guerre nucléaire. Ce danger, grâce à Dieu, semble s’être éloigné – et il faut fermement écarter, à l’échelle universelle, tout ce qui pourrait le rapprocher ou même le réactiver -, toutefois la peur pour l’avenir et de l’avenir demeure.

Pour que le millénaire désormais imminent puisse voir un nouvel épanouissement de l’esprit humain, grâce à la culture de la liberté, l’humanité doit apprendre à vaincre la peurNous devons apprendre à ne pas avoir peur et retrouver un esprit d’espérance et de confiance. L’espérance n’est pas un optimisme vain, dicté par la confiance naïve en un avenir nécessairement meilleur que le passé. L’espérance et la confiance sont les prémisses d’une activité responsable et trouvent leur source dans le sanctuaire intime de la conscience, où l’homme “est seul avec Dieu” (Const. past. Gaudium et spes, n. 16) et pour cette raison même a l’intuition qu’il n’est pas seul au cœur des énigmes de l’existence, parce que l’amour du Créateur l’accompagne!

Du Bienheureux Pie IX à Benoît XVI, en passant par les deux conciles du Vatican, l’Eglise a sans cesse approfondi son enseignement sur la liberté. Face à cela, l’enseignement de François représente une sortie de route. Il est temps de sortir de l’ornière et de reprendre le voyage avec comme boussole principale l’enseignement de Jean-Paul II.  

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