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jeudi 28 octobre 2021

Quand le pouvoir s’attaque à un magistrat : naissance de l’affaire Charles Prats


 

Marc Baudriller

C’est un scandale majeur de cette fin de mandat d’Emmanuel Macron. 

La preuve que le président de la République et son garde des Sceaux Éric-Dupond-Moretti s’attachent à bâillonner ceux qui dénoncent les maux les plus graves de la France plutôt que de travailler à les résoudre. 

La d’une dérive autoritaire jamais vue jusqu’ici sous la Ve République. C’est, enfin, le résultat d’une volonté implacable de laisser sous le boisseau, le plus loin possible des électeurs, les sujets qui sont pourtant au cœur du débat public : la fraude sociale et le poids de l’immigration dans cette fraude.

Le magistrat Charles Prats fait l’objet d’une enquête administrative déclenchée à la demande expresse du garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti. Une procédure rare. Ce type d’enquête confié à l’inspection générale de la justice (IGJ) a concerné huit magistrats en 2020, cinq en 2019, selon Libération. Elle pourrait déboucher sur une procédure disciplinaire à l’encontre de Charles Prats devant le Conseil de la magistrature.

Les lecteurs de Boulevard Voltaire connaissent bien Charles Prats qui intervient régulièrement sur notre site. Âgé de 51 ans, ce vice-président du tribunal judiciaire de Paris, où il exerce comme juge de la détention et des libertés depuis 2017, est issu de l’École nationale de la magistrature (promotion 2005). Membre de la Délégation nationale à la lutte contre la fraude entre 2008 et 2012, régulièrement interrogé dans les médias ou au Parlement, il est devenu le spécialiste le plus reconnu en France de la fraude fiscale et sociale. Il est, par ailleurs, secrétaire national de l’UDI et vice-président de l’Association professionnelle des magistrats.

50 milliards d’euros par an

Dans son livre Le Cartel des fraudes, premier volet (Éditions Ring), publié en 2020, il s’appuyait sur une commission d’enquête parlementaire pour dénoncer une anomalie dans le système français : le nombre des bénéficiaires des prestations sociales est supérieur de 5 millions au nombre de Français. Bizarre. Qui s’attaque vraiment à cette curiosité en Macronie ? Prats dénonce aussi le nombre de cartes Vitale en circulation, supérieur, là aussi, de 5 millions au nombre des Français. L’État est resté immobile. Arnaques aux prestations sociales, aux minima sociaux, aux allocations chômage, au RSA : Charles Prats a chiffré le montant de cette fraude massive à quelque 50 milliards d’euros par an. Des enquêtes de plusieurs médias remettent en cause ces chiffres, mais la Cour des comptes évaluera, fin 2019, la fraude aux cotisations sociales entre 20 et 25 milliards par an. Surtout, crime majeur dans la France de Macron, Prats fait le lien entre les montants colossaux de ces pertes et l’immigration incontrôlée en France.

Comme par hasard, l’homme qui met les pieds dans le plat et suscite l’attention du garde des Sceaux vient tout juste de sortir le deuxième tome de son Cartel des fraudes, toujours chez Ring. Il y retrace le parcours de ces sommes pharaoniques dérobées à la communauté nationale.

En s’appuyant sur des rapports officiels, le magistrat met le doigt sur le scandale des retraites – une sur deux, selon lui, serait versée à des personnes nées à l’étranger -, dénonce le pillage des aides Covid, balaye les arnaques à la TVA. Il y met en évidence l’inaction de l’État face aux fraudeurs fiscaux et sociaux qui détournent, selon lui, 100 milliards par an et regrette qu’on soit plus sévère avec le contribuable qu’avec ces coûteux tire-laine.

Défenseur de l’intérêt général

Qu’est-il donc reproché à Charles Prats ? Selon Libération du 20 octobre 2021 qui a sorti l’information, « ce sont certaines publications du juge sur les réseaux sociaux et ses propos tenus sur les sujets de fraude sociale et fiscale que l’enquête administrative menée par l’Inspection devrait décrypter afin de détecter d’éventuels manquements ». C’est donc bien son rôle de lanceur d’alerte qui est dans le collimateur. « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté », chantait Guy Béart.

Incapable d’apporter la aux Français, l’État macroniste se réveille pour attaquer le porteur de mauvaises nouvelles. C’est donc à ce magistrat devenu emblématique de la dénonciation des gabegies et d’une forme de pillage contemporain que s’en prend Éric Dupond-Moretti.

Un peu gros, un peu voyant, si gros et si voyant que l’équipe imagine que l’affaire passera par pertes et profits, comme tant de dérives du pouvoir depuis plus de quatre ans. Cette fois, c’est trop pour le député UDI Pascal Brindeau qui a interpellé, ce mardi, le ministre : « Votre gouvernement ne supporte pas les vérités assenées par Charles Prats sur la réalité et l’ampleur de la fraude sociale dans notre pays », a lancé l’élu du Loir-et-Cher. Avec ce scandale, la Macronie passe encore un cap dans l’autoritarisme.

L’affaire Charles Prats ne fait que commencer. Boulevard Voltaire suivra attentivement « cette enquête administrative » aux relents très politiques.

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