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dimanche 30 septembre 2018

Emmanuel Macron et Édouard Philippe soumettent la magistrature à une inquisition politique. Quel culot ! Quel scandale !

 
 



Le président de la République a biffé le nom des trois magistrats qui étaient proposés pour le poste de procureur à Paris.


Parmi eux s’en trouvait un non seulement apprécié par ses pairs, mais bien au-delà : Marc Cimamonti.
Il aurait, comme superbe lot de consolation, l’honneur d’être nommé procureur général à la cour d’appel de Versailles (Le Canard enchaîné).

Emmanuel Macron suit de très près le sort judiciaire de Paris et, plus généralement, celui de tous les postes emblématiques destinés à être pourvus.
Qui pourrait, d’ailleurs, supposer que sa passion impérieuse de se mêler de tout l’écarterait de ce domaine sensible où la fidélité est récompensée, la confiance souhaitée et la compétence et l’indépendance de caractère – je l’espère en tout cas – consacrées ?
On sait que le Premier ministre a reçu – et c’est une première – les trois candidats malheureux pour Paris.
Nul doute qu’il a fait son rapport au président de la République et que le pouvoir sortira vite de son chapeau – il est contraire à l’efficacité et au bon sens que le remplacement de l’excellent François Molins traîne depuis si longtemps – le candidat qui aura son agrément alors que Marc Cimamonti avait celui du garde des Sceaux.
On voit déjà comme Nicole Belloubet compte peu, puisque l’avis de ses services mettant en avant des critères techniques et professionnels est tenu pour rien.
Il y a, dans ces péripéties, un parfum régalien assumé qui n’éprouve même plus le besoin de se dissimuler.
Emmanuel Macron ou le culot tranquille.
François Hollande, qui ne portait pas la magistrature en haute estime, avait veillé à une distance – par ignorance ou par précaution – à l’égard du monde judiciaire et quoi qu’on en dise, l’indépendance des procureurs avait été respectée.
Nicolas Sarkozy avait pesé lourdement sur le cours de certaines affaires importantes et c’est en catimini qu’il avait reçu, à huit reprises, à l’Élysée,le procureur Courroye chargé d’enquêtes qui l’intéressaient vivement.
François Mitterrand s’était fait remettre, dans la discrétion, des fiches sur quelques magistrats pour vérifier leur compatibilité de gauche.
Les intrusions s’accomplissaient, si j’ose dire, dans le dos des magistrats et des médias.
Avec le président de la République, ce qui était hier clandestin et presque honteux […] est devenu ostensible, au moins sur le plan capital des nominations.
Qui tient la personnalité choisie pour occuper le poste de procureur de Paris, avec l’immensité des tâches qui lui sont dévolues, tient la Justice et se garantira ainsi de la sérénité politique.

Ce qui m’a le plus scandalisé, et qui fait peu de bruit, est que le Premier ministre ait fait passer une sorte d’examen oral aux trois magistrats évincés par la suite.
Au nom de quoi et sur quelles bases ?
Puisque l’appréciation des critères techniques et professionnels ne relevait pas de sa compétence, on se demande bien ce qu’Édouard Philippe allait chercher dans ces colloques singuliers.
Ou on le devine trop bien.

Bien sûr, on n’était pas naïf au point de solliciter de ces personnalités une adhésion enthousiaste au pouvoir macronien et à LREM, ce qui aurait fait mauvais genre.
Mais l’intervention du Premier ministre, sauf à être totalement inutile, ne pouvait qu’être inspirée par une inquisition politique, aussi douce, élégante et décontractée qu’elle soit avec ce Premier ministre qui a su tirer tous les avantages d’une feinte désinvolture.
Celle-ci l’autorise à tout se permettre, puisqu’il a le talent d’apparaître comme sympathique !
Bon courage à celui ou celle qui surgira de cette mainmise !
Sa réputation y résistera-t-elle ?
Imaginons la tempête médiatico-judiciaire qui aurait résulté d’une démarche du même type entreprise à ciel ouvert par Nicolas Sarkozy !
On aurait crié haro sur le Président et cela aurait duré des semaines.
J’y aurais mis mon grain de sel !
Je persiste.
Emmanuel Macron ou le culot tranquille.
Il s’avance, oriflamme en avant, dans des territoires dont, avec hypocrisie, on feignait de respecter l’intégrité. […]
Rien n’échappe à son terrain de je, de jeu.
En même temps, son emprise peut s’exercer sur du velours, sans véritable opposition.
Tant la magistrature fait tout ce qu’elle peut, notamment sur le plan disciplinaire, pour justifier les accusations de frilosité et de corporatisme dont on l’accable.
Parce que la magistrature est faible dans sa vie interne mais trop susceptible et arrogante dans l’espace public et dévoyée par un syndicalisme partisan, elle ne constitue pas un véritable contrepoids à la domination sans mauvaise conscience d’un Président qui n’a peur de rien et défriche tout pour son propre compte.

Philippe Bilger

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