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jeudi 15 février 2018

Max, tagueur de radars : "J’en avais marre de me faire flasher pour de petits excès de vitesse"

 
 
Photo F.J.
Photo HD Photo F.J.
Le 15/02/2018

Il est libre Max… enfin, pour l’instant.
 
Max, 53 ans, animateur d’une salle de « sport, musique et spiritualité » à Dole fait actuellement le tour des rédactions pour revendiquer son statut de « tagueur de radars ».
Démarche inhabituelle, les auteurs de ces actes répétitifs se faisant habituellement plutôt discrets, qui coïncide avec l’interpellation récente du quinquagénaire par la gendarmerie.
Mais cela aussi, il le revendique…

Qu’avez-vous fait exactement ?
 
« J’ai tagué dix radars à la peinture orange entre octobre et décembre 2017.
Ceux situés dans les environs de Dole et en direction de Champagnole, ainsi que celui de Fraisans.
Et j’ai tout fait pour me faire prendre.
Je l’ai fait en plein jour et j’ai été vu.
Je m’en suis vanté auprès de personnes qui ne m’aimaient pas afin qu’elles me dénoncent et j’en ai même signé un de mes initiales.
Il leur aura quand même fallu trois mois pour me retrouver.
Mais quand ils ont perquisitionné mon domicile, ils ont trouvé les bombes de peinture que j’avais intentionnellement conservées. »

Pourquoi taguer ces radars ?
 
« J’en avais marre de me faire flasher pour de petits excès de vitesse de quelques kilomètres par heure, de perdre 90 € à chaque fois et de perdre des points. »
Combien avez-vous perdu de points ? 


 
« Trois. »

C’est peu, votre réaction est quand même disproportionnée ?
 
« Je l’ai fait aussi pour l’ensemble des automobilistes qui paient un million d’euros par an à l’État et ont besoin de leur voiture pour aller au boulot.
Moi, encore, je peux y aller à vélo mais ce n’est pas le cas de tout le monde.
C’est pour cela aussi que j’ai tout fait pour me faire prendre, sinon je restais dans l’anonymat et je n’avais pas d’action politique possible.
Je ne cherche pas à me faire une petite pub locale mais à ce que ce soit repris au niveau national. »

Quand vous nous avez téléphoné, vous nous avez dit être un habitué de la garde à vue ?
 
« J’ai aussi été interpellé par la police après avoir remonté toute la file d’un bouchon à l’entrée de Dole, avenue Eisenhower.
Un policier se trouvait dans la file.
Il a dit que je roulais au moins à 110.
Je le contesterai parce qu’il n’avait pas de radar. »

Vous osez tout finalement ?
 
« Sans problème.
Je ne conduis pas comme les autres automobilistes qui sont bêtes et disciplinés.
Moi, je réfléchis.
Je conduis depuis l’âge de 18 ans.
Il m’a fallu seulement deux séances pour avoir mon code.
J’ai tous les permis moto, auto, camion, ULM et bateau…
Je n’ai jamais eu d’accident.
Mais quand il y a une ligne blanche à bouffer, je la bouffe.
J’ai fait du rallye, j’ai l’habitude de rouler. »
Vous êtes dans un sentiment de toute puissance ?

 
« Non. Si je prends certaines libertés, je ne les prends pas toutes. »
C’est-à-dire ?

 
« Je m’interdis d’être en survitesse. »

Ah bon, mais encore ?
 
« Si une route est sinueuse par exemple, je pourrai très bien être en dessous de 50 km/h même si la vitesse autorisée et de 90 km/h.
Par contre, dans une belle ligne droite sans risques, même limitée à 50 km/h, je peux être largement au-dessus. »

Imaginez que tout le monde fasse comme vous ?
 
« Personne ne va faire comme moi parce qu’on a affaire à une troupe de moutons bêtes et disciplinés. On fonctionne sur le système de la peur pour qu’ils ne réagissent pas.
Aujourd’hui, le réseau routier est sûr, les véhicules sécurisés.
Le problème de la conduite automobile, c’est la formation.
Les automobilistes ne sont pas formés à la réactivité.
Quand vous autorisez la conduite à des personnes âgées, bourrées de médicaments, ce sont elles qui sont dangereuses. »

Il y a malgré tout d’autres moyens de faire valoir ses idées ?
 
« Tout le monde a envie de se révolter mais personne n’ose.
Il y a une hypocrisie monstre à dire que l’on fait baisser la mortalité sur la route avec les radars.
C’est juste une façon de faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’État.
Le Premier ministre peut claquer 380 000 € d’avion pour rentrer quand il est pressé, ça ne sort pas de sa poche.
Mais celui qui se fait taxer de 90 € et ne gagne que le SMIC… »

Nous aurions apprécié poursuivre cette édifiante conversation, sans l’arrivée inopinée d’une escouade de la maréchaussée…
« Monsieur, vous n’avez pas respecté votre injonction d’éloignement, il est 15 h 15, vous êtes en garde à vue… »

Il n’y a visiblement pas que sur la route que Max déborde du cadre commun.


Recueilli par Fred JIMENEZ

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