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lundi 13 octobre 2014

Un sentiment d’insécurité.


RERD



Le 13 octobre 2014


   
Cette fois-ci j’étais acteur, témoin de la violence inouïe frappant cette innocente qui se rendait sans doute à son travail.

L’autre jour, je prenais – comme tous les jours – le RER D pour me rendre sur mon lieu de travail.
Comme tous les jours, je faisais face à ce qu’il est devenu politiquement correct d’appeler des « incivilités ».
Pieds sur la banquette, musique s’échappant de façon saturée d’un téléphone portable ou encore conversation téléphonique dont pouvait profiter la voiture entière grâce au relatif souci de confidentialité de l’interlocutrice, qui avait manifestement envie de convier tout le monde à sa conversation.
En gare de Survilliers-Fosses montait un groupe scolaire d’une trentaine d’enfants déjà tout excités par la journée qu’ils s’apprêtaient à passer à Paris.
À côté de moi dormait une jeune fille, la tête appuyée contre la fenêtre, le café encore chaud posé sur le rebord de celle-ci.
Encore un matin. Un matin comme les autres.
Alors que nous quittions la gare de Pierrefite-Stains, je fus intrigué par les cris des enfants, devenus soudainement bien plus nerveux qu’au départ.
 J’ôtai l’oreillette gauche de mon téléphone portable pour revenir quelques instants dans le monde réel duquel je m’échappe lors de chaque trajet grâce à la musique.
 La jeune fille à côté de moi était réveillée.
Un réveil brutal.
La vitre était étoilée et un trou d’une dizaine de centimètres était apparu en haut à gauche.
 Sur le sol traînait une pierre.
Les cris des enfants cédaient à présent la place à des larmes.
Après quelques secondes de reconnexion à la réalité, je réalisai que ce petit jeu venait de se produire en ma présence.
 Le train avait été pris pour cible par des "jeunes".

 Les Franciliens le savent très bien : le caillassage de trains est très fréquent – presque quotidien – quand il ne s’agit pas de tirs à l’arme à feu.
 Cette fois-ci j’étais acteur, témoin de la violence inouïe frappant cette innocente qui se rendait sans doute à son travail.
Je me suis levé en gare de Saint-Denis et ai tiré le signal d’alarme.
 Devant la foule s’agglutinant autour de la victime, je décidai de demander de façon énergique aux voyageurs d’évacuer la voiture.
Ce qu’ils ont fait sans broncher.
 La police et des agents SNCF sont arrivés quelques minutes après, rejoints ensuite par les pompiers.
La jeune fille a fini par être évacuée une vingtaine de minutes plus tard et le RER n’est jamais reparti.

J’aurais aimé conclure ce papier en vous disant que j’ai rêvé, que j’ai rouvert les yeux et que mon trajet se poursuivait, que cette jeune fille continuait sa nuit tranquillement penchée sur la fenêtre.

 Il n’en est rien.

Je garde en tête les pleurs de cette jeune fille, le désespoir dans ses yeux, la tasse de café restée droit sur le rebord de la fenêtre, comme si son propriétaire allait se rasseoir tranquillement et la finir.

J’ai eu ce qu’on appelle un sentiment d’insécurité. Il avait l’air très réel, pourtant.

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