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lundi 24 février 2014

Euro : le débat, enfin ?

Gérald Andrieu        

Après "Marianne", certains à la gauche de la gauche comme au gouvernement osent poser la question taboue. Tant mieux, elle sera centrale lors des européennes de mai prochain.

 
   Ça bouge. Ou plutôt ça frémit.
 Il y a deux semaines, Marianne consacrait sa une au débat interdit sur la sortie de l'euro.
 Depuis, quelques médias ont osé se pencher sur le sujet : France Inter, Europe 1, atlantico.fr...

Bien sûr, certains politiques ont tenté aussitôt de refermer le couvercle.
 Ce génie de Pierre Moscovici, lors d'un face-à-face avec Marine Le Pen, a, par exemple, trouvé le moyen de classer Jacques Sapir, l'un des principaux économistes favorables à l'abandon de la monnaie unique et dont les travaux inspirent le FN (mais pas que), à l'extrême droite !
 Le jour où Le Pen fille dira qu'il fait beau, «Mosco» répondra que le soleil, à la nuit tombée, colle des affiches pour le FN...

Mais, au gouvernement, tous ne sont pas aussi bas de plafond.
 Dans une récente interview aux Echos, Arnaud Montebourg l'a prouvé.
 Bien entendu, le «redresseur de torts productifs» ne se dit pas favorable à une sortie de l'euro. Néanmoins, il fustige, comme il l'avait déjà fait, l'euro fort «qui pénalise notre industrie». Et il va plus loin, expliquant pourquoi fuir le débat serait dangereux à l'approche des élections européennes de mai prochain : «Si nous ne réformons pas l'euro de façon urgente, les populations européennes pourront malheureusement être bientôt tentées de s'en débarrasser.» On imagine déjà quel bulletin aura leur faveur...

Changement de cap

Du côté de la gauche de la gauche, ça remue aussi.
 Dans nos colonnes, Jacques Généreux, l'économiste du Parti de gauche, avait regretté que la possibilité de sortir de l'euro n'ait pas figuré dans le programme de Jean-Luc Mélenchon en 2012. Interrogé sur le plateau d'«On n'est pas couché», «Méluche» a répondu : «En général, je suis d'accord avec lui» !
Avant d'ajouter : «Son rôle et le mien ne sont pas tout à fait les mêmes. [...]
Mon souci, c'est à chaque étape d'entraîner le plus grand nombre. [...]
D'abord, il fallait passer le cap de la présidentielle.»
 Bref, même si l'idée le séduit, il ne faut pas effrayer les partenaires communistes, ni les Français... Ce qui n'est pas l'avis de Gauche d'opposition, un club de réflexion s'appuyant sur les écrits du journaliste Aurélien Bernier* et de Jacques Sapir (tiens donc !) qui vient tout juste de se constituer. Son objectif ?
Pousser le Front de gauche à un changement de cap, notamment sur la sortie de l'euro.

Ça s'agite, donc, et c'est tant mieux.
 Car, n'en déplaise aux beaux esprits, la crise de la zone euro n'est pas «derrière nous».
 Fin 2012, la monnaie unique avait été temporairement sauvée par la promesse de la Banque centrale européenne de racheter les obligations des Etats en difficulté dans la zone.
 Or, la Cour constitutionnelle fédérale allemande, même si elle a décidé de transmettre le dossier à la Cour de justice européenne, s'est montrée très critique sur ce dispositif la semaine dernière. Le débat ne fait que commencer.


* La Gauche radicale et ses tabous. Pourquoi le Front de gauche échoue face au Front national, Seuil, janvier 2014.

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