Pages

jeudi 27 juin 2013

La violence est le recours des faibles



En emprisonnant un manifestant contre le mariage homosexuel, le pouvoir a fait une faute terrible. Nicolas est le premier “prisonnier politique” depuis cinquante ans.

Nicolas a 23 ans. C’est un étudiant comme beaucoup d’autres. Comme vos enfants ou vos petits-enfants. C’est un garçon qui a des convictions, qu’il a défendues comme des centaines de milliers d’autres au cours des nombreuses manifestations contre le mariage homosexuel. Et ses convictions, il continue de les faire vivre au sein du pacifique mouvement des Veilleurs. C’est ce qui l’a amené le 16 juin dernier à se joindre aux 1 500 autres Français de toutes sortes non loin de M6, pendant que le président de la République y prêchait la vacuité de sa politique.

Nicolas n’a pas touché à une seule vitrine, un Abribus, pas même une poubelle publique, à la différence des décérébrés qui ont défiguré il y a un mois, en toute impunité, la place du Trocadéro. Il n’a pas lancé le moindre pavé sur l’un des 108 cars de CRS mobilisés pour assurer la protection de ce président “normal” venu parler “en toute simplicité” aux Français. Il s’est contenté de manifester ensuite avec d’autres opposants au mariage homosexuel dans le XVIe arrondissement, où il a été interpellé, avant de refuser de se livrer à un prélèvement d’empreintes ou à un prélèvement ADN. Ordre donné par le sectaire Manuel Valls à l’encontre de ces opposants non violents, comme s’ils étaient des brigands de grand chemin.

Pour avoir défié ainsi ce pouvoir policier, le jeune Nicolas a été présenté en comparution immédiate, le mercredi 19, devant une juge aussi sectaire que le pouvoir dont elle dépend. Ce qui lui a valu d’être condamné à quatre mois de prison, dont deux mois ferme, par le tribunal correctionnel de Paris. Depuis, Nicolas dort à la prison de Fleury-Mérogis, avec des braqueurs, des violeurs et des tueurs.

C’est la première fois depuis les événements d’Algérie que la France compte un prisonnier politique.

 Un gamin qui n’a commis aucun acte de délinquance et dont le seul tort est d’avoir exprimé une opinion contraire à celle du gouvernement. Si cette affaire mérite d’être soulignée, c’est parce qu’elle est très grave. Sur le plan juridique, politique, et même philosophique.

Juridique d’abord. Car Nicolas n’a pas été jugé en droit, mais en circonstances. Parce qu’il fallait au pouvoir la nécessité de “faire un exemple”. Mais quelle est donc cette justice qui met au cachot un jeune usant du droit constitutionnel de manifester, et qui dans le même temps vient de relaxer dix-neuf voyous qui ont attaqué en mars dernier une rame de RER, aspergeant une trentaine de passagers de gaz lacrymogène avant de repartir avec leurs téléphones et leurs portefeuilles ?

 Cette justice politique fait peur. Elle fait écho aux pages les plus terribles de notre histoire. Et ce n’est pas par hasard si un nombre croissant de magistrats commencent à s’en inquiéter.

Bien sûr l’injustice faite à Nicolas pose aussi un problème politique. Elle témoigne d’un gouvernement qui voit le sol se dérober sous ses pieds. Son échec est désormais patent sur tous les plans. Son impopularité est à un niveau record. Chaque scrutin partiel est un signe supplémentaire de la colère des Français. Et comme il est démuni, il se réfugie dans des actions de basse police. D’abord en nourrissant les gazettes, qui lui trouvent encore des excuses, de pseudo-affaires sorties des poubelles sur les personnalités du précédent quinquennat. Ensuite en muselant petit à petit tous ceux qui sont prêts à “ne rien lâcher”, tous ceux qui ont choisi le camp de la légitimité contre celui de la légalité politique, et tous ceux qui ont pris le parti de la résistance.

Cette incarcération montre enfin ce que nombre de grands auteurs, de Suétone jusqu’à Alain en passant par Montesquieu, nous ont enseigné : un gouvernement qui se réfugie dans la violence est un gouvernement en perdition. Comme l’écrivait le philosophe Vladimir Jankélévitch : « La violence n’est rien d’autre qu’une force faible. » Et Lacordaire de rappeler que « l’injustice appelle l’injustice et la violence engendre la violence ». Voilà de beaux arguments pour tous les élèves de terminale S qui devaient répondre la semaine dernière à la question : “Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique ? ”

Car que va-t-il rester de tout cela ? Un Nicolas qui sortira dans deux mois de prison en héros d’une révolution morale et pacifique. Un mouvement non violent qui voit se rallier à lui des milliers de pétitionnaires. Un ras-le-bol contre tous ces ex-soixante-huitards qui proclamaient il y a quarante-cinq ans “il est interdit d’interdire” et qui veulent aujourd’hui davantage régenter la sphère privée que restaurer l’ordre et la sécurité dans le pays.

Et enfin une exaspération qui va enfler jusqu’à faire descendre dans la rue des Français de tous bords qui ne demandent qu’une chose : qu’on les laisse vivre, agir et penser comme ils l’entendent.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Ici, les commentaires sont libres.
Libres ne veut pas dire insultants, injurieux, diffamatoires.
À chacun de s’appliquer cette règle qui fera la richesse et l’intérêt de nos débats.
Les commentaires injurieux seront supprimés par le modérateur.
Merci d’avance.