Jean-Paul Brighelli a un mauvais pressentiment

Cela m’a pris fin août, en rentrant à Marseille après deux mois d’absence et de rase campagne.
En descendant les escaliers de la gare Saint-Charles.
Une sensation diffuse, et qui ne ressemblait à rien de connu, au fur et à mesure que j’allais vers la ville.
Une rumeur qui me courait sur la peau.
Une odeur, aussi — l’odeur sans parfum de l’adrénaline, et de la peur, l’odeur que les chiens ou les chevaux reniflent à plein nez.
La perception, aussi, sur les visages des passants, d’une hâte, d’une angoisse — sous les rires et les rodomontades marseillaises.
Soudain, des éclats de voix entre deux types qui s’invectivent — ou peut-être se contentaient-ils d’évoquer leurs affaires, mais en gesticulant, comme ils font tous désormais : au lycée même les élèves ne savent plus parler autrement qu’en hurlant.
Je descendais les escaliers — calqués sur ceux d’Odessa, c’est écrit sur une plaque, tout en haut — comme on descend vers le gouffre.
La Bête est réveillée.
Quelques jours plus tard, à Paris, j’ai senti les mêmes effluves.
Éprouvé les mêmes sensations.
Le même feu glacé.
Dans les regards des passants qui se fuyaient, j’ai lu la même angoisse.
Je n’étais pas le seul à flairer la panique.