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mardi 26 novembre 2019

Hommage à la France des sans-grade : celle qui n’intéresse pas BHL et les autres…

 
 


Ils sont nombreux, ceux qui n’ont pas droit aux pétitions et aux tribunes, aux communiqués et aux soutiens artistiques, à l’honneur d’un article dans Le Monde ou à la solidarité dans Mediapart !

Ils sont nombreux, ceux dont on ne parle jamais parce qu’ils n’ont pas les infortunes rentables.

Il y a une France ordinaire, pas seulement celle des gilets jaunes, qui, jour après jour, est victime de délits, de crimes, de transgressions de toutes sortes.
Une France modeste, parfois même misérable.
Des femmes, des hommes, de tous âges et de toutes conditions, qui sont violés, volés, cambriolés, frappés, agressés, dépouillés.
Il y a des commerçants qui n’en peuvent plus et finissent par ne plus compter le nombre de fois où ils ont été attaqués et spoliés.
Avant, tragiquement, parfois, de se révolter et d’user d’une légitime défense qui ne les empêchera pas, confrontés à certains juges, d’être incarcérés.
Il y a une France banale, discrète, qu’aucun signe particulier ne distingue.
Ce n’est pas l’antisémitisme ou le racisme qui ont été le ressort du crime.
Donc, on n’en a pas, ou peu, parlé.
Ce n’est pas un féminicide et Muriel Robin s’en désintéresse.
Il n’y a pas eu de film sur les violences et elles n’ont pas été commises dans les cités.
Le président de la République n’a pas été « bouleversé » et n’en a eu cure.
Le terrorisme islamiste n’a pas tué et l’effroi collectif, les bougies, les défilés et les discours solennels sont donc inutiles.
L’honorable Durand, l’estimable Abdallah et le touriste Pei ont, chacun à leur tour, connu ce qu’il a été convenu d’appeler la douce France. Les deux premiers sauront que ce pays n’est plus le même et le dernier rejoindra la Chine, étrangement heureux d’être le citoyen d’une nation où il y a moins de libertés mais plus de sécurité.
La police n’est célébrée qu’au lendemain des attentats et on la laisse au quotidien, avec une gestion de l’ordre souvent erratique, faire comme elle peut.
Hors de question, évidemment, de pouvoir lire ou entendre une grande voix pour venir à son secours sur le plan démocratique.
Il y a une France tristement usuelle, aux travaux et aux jours sans éclat, qui a peur, qui craint pour ses biens, son intégrité, sa vie, qui tente le moins mal possible d’assumer sa condition, mais quand elle est atteinte, blessée, souillée, même torturée, j’ai beau tendre l’oreille et consulter les médias, il n’y a rien qui vienne déplorer ce qu’elle subit.
Pas d’acteur, aucun chanteur, pas le moindre BHL, encore moins le plus petit Plenel, évidemment pas Mélenchon ni Taubira.
Juste Marine Le Pen, mais on a décidé que cela ajoutait à l’ignominie du crime !
Je rends hommage aux obscurs, aux sans-grade, à mes concitoyens effacés, aux destins niés, aux malheureux relégués, aux victimes anonymes.
À tous ceux qui n’auront jamais droit, dans leur malheur créé par une malfaisance aux multiples visages, à la considération symbolique et à la compassion de ceux qui ont l’indignation et la médiatisation fragmentaires, orientées, hémiplégiques.
Je n’aime pas la minorité française de la lumière qui tient pour rien ou oublie la majorité de l’ombre.

Extrait de : Justice au Singulier

Philippe Bilger

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