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dimanche 4 août 2019

Emmanuel Macron n’a rien compris au réveil des nations

 
 


 

En l’occurrence, il s’agissait de laver la tête du ministre étranger qui avait rencontré des organisations environnementalistes.

Jaïr Bolsonaro a clairement indiqué que cette conduite de Grenoble répondait à une ingérence inacceptable : le Brésil n’a pas à recevoir des leçons du gouvernement français et celui-ci n’a pas à venir les donner à domicile.
Cet épisode n’est pas seulement vexant pour la diplomatie française, il marque une évolution du monde dont nos gouvernants ne semblent pas s’apercevoir.
M. Macron avait cru devoir opposer progressisme et nationalisme.
Il a également mis en avant son engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Le nouveau président brésilien est nationaliste et climato-sceptique.
Il privilégie le développement économique du pays.
Quand il y a une pareille opposition, on doit préférer les rencontres, larges comme le G20, ou plus étroites comme l’accueil du président Poutine à Brégançon, le 19 août, pour évoquer les désaccords sans s’immiscer dans les choix politiques d’un autre pays.
La duplicité du Président français sur les questions climatiques lui ôte le droit de faire la leçon aux autres.
Les agriculteurs de notre pays sont vent debout contre le CETA qui, en développant les échanges commerciaux avec le Canada, va augmenter la consommation d’énergie et réduire la biodiversité. Comment croire celui qui parle en écolo et agit en mondialiste ?
Reste donc la question du nationalisme.
Le chef de l’État est en plein contresens.
Le nationalisme est le phénomène politique mondial décisif de notre époque.
Entre le début du XXe siècle et aujourd’hui, l’inversion est totale.
Dans un monde où « la préférence nationale » s’impose partout, l’Europe fait seule l’exception, accablée moralement par le souvenir des deux guerres mondiales qui ont été avant tout des guerres européennes.
Le président américain Wilson avait insufflé aux traités qui avaient suivi la guerre 1914-1918 un esprit universaliste, juridique.
Les États-Unis incarnaient le règne universel du droit.
On s’est bien rendu compte, depuis, que le règne du droit tel que le conçoit Washington doit aussi coïncider avec l’intérêt des États-Unis.
Le président Trump ne cherche plus à déguiser.
L’Amérique doit être grande.
Elle peut utiliser sa puissance, économique ou militaire, pour effacer les obstacles.
Elle doit aussi préserver son « identité » : une idée jusqu’à présent plus discrète dans un pays d’immigration. Trump est un nationaliste.
Mais on serait en peine de trouver le dirigeant d’un grand pays en dehors de l’Europe qui ne le soit pas.
En Russie, comme en Chine, c’est le nationalisme qui a remplacé le communisme internationaliste, en le disant, ou sans le dire.
En Inde, le parti du Congrès a été, pour la seconde fois consécutive, battu par le BJP, le parti nationaliste hindou conduit par Narendra Modi.
Dans des pays de moindre importance, ce sont également les nationalistes qui l’ont emporté, ou le nationalisme qui résiste à la tentation islamiste ou à l’ingérence étrangère, de l’Égypte au Venezuela, de l’Indonésie à la Colombie, des Philippines à la Turquie ou à l’Iran.
Dans ces deux derniers pays, le premier sunnite, le second chiite, qui ne voit dans la religion le moyen d’affirmer une identité nationale séculaire ?
On pourrait aussi voir dans plusieurs pays très différents un point commun : l’affirmation nationale contre « l’Oumma musulmane », une communauté religieuse qui transcenderait les frontières : la répression des Ouïghours en Chine, celle des Rohingyas en Birmanie, l’interdiction de la répudiation musulmane en Inde sont des signes de la primauté de la nation sur la religion.
Ni le Japon de Shinzō Abe ni l’Australie qui contrôle sévèrement son immigration n’échappent à ce mouvement.
L’Europe seule semble à l’écart.
Elle continue à bramer son ouverture au monde comme étant sa seule identité, en menaçant les pays européens qui s’écarteraient de la ligne (Italie, Hongrie, Pologne) d’excommunication.

Un tel aveuglement est suicidaire.

Comme l’avait montré Henry Kissinger, la politique internationale impose le réalisme et doit viser l’équilibre.

L’un et l’autre passent par les nations.

Christian Vanneste

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