mercredi 9 janvier 2019

Où va-t-on ?

 
 



« Face à l’ultra-violence, il faut de l’ultra-sévérité. »
 

Voilà ainsi résumée par Darmanin, lundi sur RTL, la ligne de conduite du gouvernement.
Jusqu’où ira donc cette escalade ?
C’est un truisme, une lapalissade : ceux qui nous gouvernent aujourd’hui n’ont pas connu la guerre. En mai 68, ce n’était pas le cas.
L’appareil étatique de l’époque – responsables politiques et haute administration – était tenu par des hommes qui avaient connu, voire fait, la guerre, la Résistance, subi la déportation pour certains. Prenez le ministre de l’Intérieur en mai 68 : Raymond Marcellin.
En 1939, à 21 ans, il est mobilisé : la guerre, la captivité, l’évasion, l’engagement dans la Résistance avec le réseau Alliance.
Pas vraiment le profil d’un Christophe Castaner.
Ce n’est pas sa faute d’être né après la guerre, mais c’est un fait…
Cet appareil d’État, en 1968, savait ce que signifiait la terrible expression « faire couler le sang français ».
D’autant que, six ans plus tôt, c’était la fin cruelle et, par maints aspects, honteuse de la guerre d’Algérie.
Et des Français firent couler le sang français : 80 Français tués le 26 mars 1962, rue d’Isly, à Alger, mitraillés par la troupe.
Mais en mai 68, le sang français coula peu, si l’on considère l’ampleur des événements, et pourtant les CRS (« CRS SS ! ») et les gardes mobiles n’étaient pas des enfants de chœur.
Les manifestants non plus.
Et l’Allemand Cohn-Bendit put faire ses pitreries sans vraiment être importuné.
Le 3 décembre dernier, Marine Le Pen, en sortant de Matignon, rendait compte aux médias de sa mise en garde faite au Premier ministre : « La stratégie de confrontation choisie par Emmanuel Macron [pourrait] avoir des conséquences dramatiques. Si Emmanuel Macron ne voulait pas être le premier président de la République, depuis un demi-siècle, à faire tirer sur les Français… », il fallait agir de façon significative.
Un mois et dix ou douze milliards plus tard, la tension n’a pas baissé et le gouvernement semble s’entêter dans cette même « stratégie de confrontation ».
80.000 policiers et gendarmes seraient mobilisés pour l’acte 9 le week-end prochain.
Autant que de manifestants ?
Jusqu’où ira-t-on ?
Le journaliste à Marianne, Laurent Valdiguié, spécialiste des questions de police, tweetait, mardi : « Dans les rangs policiers ce matin, l’inquiétude monte, palpable, face à ce qui apparaît comme une escalade entre le gouvernement et les gilets jaunes. “L’impression que plus personne ne sait où on va… avec nous au milieu”. »
Les images de violence, d’un côté comme de l’autre, circulent sur les réseaux sociaux.
Globalement, les forces de l’ordre font, à l’évidence, preuve d’un sang-froid remarquable.
Imagine-t-on où le pays en serait, aujourd’hui, si un gendarme, pour réagir au fameux boxeur, avait sorti son arme et l’avait utilisée.
Imaginons, seulement une seconde…
À l’évidence, le gouvernement joue avec le feu.
Par le discours de ses ministres qui montrent les muscles sur les plateaux climatisés de la télé et de la radio.
L’on s’offusque, à juste titre, que des voyous se soient introduits dans le ministère de Benjamin Griveaux et l’on évoque les pires heures de l’Histoire.
Si l’on montrait les mêmes muscles lorsque des centaines de voitures sont brûlées le 31 décembre dans les quartiers populaires, ces indignations seraient un peu plus crédibles.
La porte cochère de la rue de Grenelle est déjà réparée quand les victimes des voitures brûlées, souvent des personnes très modestes, doivent se débattre à cette heure avec l’assureur.
Et si le gouvernement espère que la manifestation du 27 janvier prochain, cette « Marche républicaine des libertés », lancée par un sympathisant de La République en marche afin qu’« Emmanuel Macron comprenne qu’il n’est pas tout seul », sera l’équivalente de celle du 30 mai 1968 pour soutenir le général de Gaulle – ce qui est loin d’être certain ! -, il devra alors se souvenir que ce même 30 mai 1968, le fondateur de la Ve République signait le décret de dissolution de l’Assemblée nationale…

Georges Michel

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