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lundi 28 janvier 2019

La démocratie en France, une réalité qui crève l’œil ! Conscience et morale



Les yeux continuent de tomber dans les rangs des Gilets jaunes qui manifestent… et même de ceux qui semblent ne pas manifester, comme le cas suspect de ces trois militaires en permission qui sortaient d’un resto à Montpellier et qui se seraient fait « flashballer ».

À Paris, c’est l’un des leaders proches de Drouet qui s’est fait éborgner.
Évidemment, la répression terrible qui s’exerce est d’une violence qui interroge plus que grandement notre démocratie, notre morale et notre conscience collective.
Justement, à propos de conscience et d’œil crevé, c’est le moment de ressortir ce poème de Victor Hugo.
Tous ces yeux crevés, tous ces individus, ces hommes et ces femmes, éborgnés, abîmés, volontairement et bien souvent inutilement, risquent de venir hanter certains… et ce ne sera que justice.
Que chacun donc interroge sa conscience, car l’heure des comptes sonne toujours à un moment.
Ce n’est qu’une question de temps.
On n’échappe pas à sa conscience pas plus qu’à une foule lorsqu’elle atteint un paroxysme de colère lié à une violence trop forte et trop injuste.
Il serait souhaitable que le pouvoir, aussi bien que les forces de l’ordre, écoute leur conscience avant qu’il ne soit trop tard.
 
Charles SANNAT
La conscience
 
Victor Hugo
Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Echevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l’homme sombre arriva
Au bas d’une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d’haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un œil, tout grand ouvert dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l’ombre fixement.
« Je suis trop près », dit-il avec un tremblement.
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir sinistre dans l’espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,
Sans repos, sans sommeil ; il atteignit la grève
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.
« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »
Et, comme il s’asseyait, il vit dans les cieux mornes
L’œil à la même place au fond de l’horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
« Cachez-moi ! » cria-t-il ; et, le doigt sur la bouche,
Tous ses fils regardaient trembler l’aïeul farouche.
Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond :
« Étends de ce côté la toile de la tente. »
Et l’on développa la muraille flottante ;
Et, quand on l’eut fixée avec des poids de plomb :
« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l’enfant blond,
La fille de ses Fils, douce comme l’aurore ;
Et Caïn répondit : « Je vois cet œil encore ! »
Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria : « Je saurai bien construire une barrière. »
Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.
Et Caïn dit : « Cet œil me regarde toujours ! »
Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible, que rien ne puisse approcher d’elle.
Bâtissons une ville avec sa citadelle,
Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »
Alors Tubalcaïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.
Pendant qu’il travaillait, ses frères, dans la plaine,
Chassaient les fils d’Enos et les enfants de Seth ;
Et l’on crevait les yeux à quiconque passait ;
Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.
Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,
On lia chaque bloc avec des noeuds de fer,
Et la ville semblait une ville d’enfer ;
L’ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;
Ils donnèrent aux murs l’épaisseur des montagnes ;
Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d’entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l’aïeul au centre en une tour de pierre ;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L’œil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit :  « Non, il est toujours là. »
Alors il dit : « Je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit : « C’est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre
Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain,
L’œil était dans la tombe et regardait Caïn.

Victor Hugo

1 commentaire:

  1. Depuis le temps qu'il est dans la tombe cet oeil-là.......Ceci dit, il y a de toute évidence une VOLONTÉ de les massacrer, ces gens que le pouvoir et tant de citadins méprisent, et pas les blacks blocs ni les racailles patentées, c'est clair.

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