mercredi 28 novembre 2018

Emmanuel Macron n’a rien lâché mais il a tout raté

 
 


 
Il y a quelques semaines, un éditorial de Philippe Bilger était titré « Emmanuel Macron m’inquiète ».
 

Après sa gestion, chaque jour un peu plus désastreuse, de la crise des gilets jaunes, ce sentiment ne fait que se confirmer.
Comment un Président qui a construit sa personnalité et son mouvement politiques sur la surprise, la transgression et la nouveauté peut-il répondre à un mouvement social tout aussi inédit de façon aussi traditionnelle qu’il le fait, lui et ses ministres, depuis quinze jours ?
Comme le remarquait Guillaume Tabard dans Le Figaro, son discours et ses propositions de mardi n’avaient plus rien de « disruptif » au moment où ce serait justement nécessaire.
Mais disruptif, il faudrait qu’il le soit avec lui-même…
Et la France entière assiste à ce prodigieux renversement du quinquennat : Macron est devenu la personnification de l’ancien monde.
Cette gestion et cette communication à l’ancienne sont d’abord à mettre au débit de son équipe.
Les caricatures, les mensonges et les manipulations du trio Castaner-Griveaux-Darmanin pèseront durablement sur l’image et la crédibilité de ces ministres et du pouvoir macronien.
Mais Emmanuel Macron lui-même semble dépassé et répondre à côté et trop tard.
À la remorque.
Comme une voiture bloquée sur un rond-point.
Emmanuel Macron avait deux choses à faire et à dire pour reprendre la main : annuler purement et simplement ces taxes de janvier qui constituent l’abcès de la colère et recevoir immédiatement, lui-même, la délégation des gilets jaunes.
Car l’autre point de fixation de la colère, c’est lui.
On est sidéré que toute l’équipe de com’ qui était si satisfaite de ses rencontres avec les Français avant le 11 novembre n’ait pas saisi l’importance d’une telle démarche en termes d’image et d’effet sur l’opinion.
La photo des gilets jaunes dans les salons présidentiels s’étalant demain dans Paris Match et le tour était joué.
Au lieu de cela, l’équipe présidentielle enchaîne, entre deux catastrophes de com’, les semi-concessions : les taxes seront modulées tous les trois mois, on ne sait trop comment ; Benjamin Griveaux annonce, mardi matin, que les gilets jaunes ne seront pas reçus, avant que François de Rugy n’en reçoivent deux.
Mercredi matin, c’est le Premier ministre qui dit accepter de recevoir une « délégation représentative » des gilets jaunes.
Pas assez haut, et trop tard.
Cette erreur majeure rend la parole du Président complètement inaudible et renforce la popularité des gilets jaunes.
Un sondage (OpinionWay pour RTL-LCI-Le Figaro) montre l’ampleur du gouffre : 76 % des Français estiment que les mesures annoncées par le chef de l’État ne sont pas suffisantes et 78 % des Français réclament l’annulation pure et simple des hausses de taxes sur le carburant prévues en janvier prochain.
Pire : ils sont 66 % à apporter leur soutien au mouvement, soit deux points de plus que dans la dernière enquête du même type !
Les Français ont fait leurs les revendications des gilets jaunes et ont intégré leurs deux points de blocage.
Cela devient vraiment embêtant pour le Président.

À ne pas avoir saisi la profondeur de la colère, et ses deux points de fixation, à ne pas sentir le rythme des événements et leur potentielle aggravation, Emmanuel Macron s’expose à une déroute sévère.

Non seulement il sera contraint d’annuler un jour ces taxes (qui sont devenues, dans l’esprit des Français, ses taxes) et de recevoir les gilets jaunes à l’Élysée, mais la rencontre risque de ne pas se faire à l’heure et dans les conditions fixées par le maître des lieux.

Les gilets jaunes ne sont pas encore entrés à l’Élysée mais ils ont déjà dérobé les horloges.

Et, à temporiser et à différer l’heure du rendez-vous, le papier de Paris Match risque d’en être que plus glacé…

Pascal Célérier

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