vendredi 28 septembre 2018

À 71 ans, José vit dans moins d'un mètre carré loi Carrez à Paris

 
 



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La Fondation Abbé Pierre, qui a visité la chambre, dénonce les marchands de sommeil. Elle tire la sonnette d'alarme sur le mal-logement à Paris.
 José habite dans un logement de moins de un mètre carré loi Carrez pour 250 euros par mois."
Dormir à même le sol, se déplacer à quatre pattes, ou encore se doucher à la piscine municipale : José, 71 ans, locataire d'une chambre de moins d'un mètre carré habitable à Paris, s'y est résigné pendant 25 ans.
Mais il se bat aujourd'hui pour un logement décent.
Dans sa minuscule chambre où tout est méticuleusement rangé de façon à ne perdre aucun espace, cet ancien « bibliothécaire-chercheur », qui ne souhaite pas préciser son nom, reproduit les différents gestes qui font son quotidien.
« C'est dans ce coin que je déplie tous les soirs mon lit portatif [un simple sac de couchage, NDLR] », explique-t-il en montrant un coin sous la mansarde entouré de livres.
« Et là, c'est mon bocal qui récupère l'eau de pluie qui s'infiltre par ce trou », poursuit-il.
Son logement, le plus exigu de cet immeuble du 14e arrondissement, ne peut en théorie être loué. Avec 0,9 mètre carré « loi Carrez » qui ne comptabilise que les surfaces d'une hauteur supérieure à 1,80 m, il est dix fois plus petit que le seuil de neuf mètres carrés fixé par la loi.
José loue cette chambre insalubre qui fait 5 mètres carrés au sol pour 250 euros par mois.
Cette dernière est à l'image de la dizaine de « micro-logements », allant jusqu'à six mètres carrés, loués par le même « marchand de sommeil ».
« Il n'y a qu'une toilette à la turque pour toutes les chambres de l'étage et c'est dégueulasse. Du coup, moi, je vais aux toilettes du KFC à côté », témoigne Thérèse, une locataire à l'autre extrémité du couloir.
Pour se laver, José se rend trois fois par semaine à la piscine municipale.

Cet ancien bibliothécaire avait pourtant les moyens de se payer un appartement décent.
Mais il y avait toujours quelqu'un avec un plus gros salaire qui passait devant lui.
Concernant le logement social, le retraité avait fait plusieurs demandes, mais la Ville ne l'a jamais considéré comme prioritaire.
José qui vit avec ses livres s'était résigné.

« Propositions ridicules »

Le septuagénaire et ses voisins, avec l'aide de la Fondation Abbé Pierre, ont porté l'affaire devant la justice et des services de la Ville de Paris, qui sont venus constater l'insalubrité des logements.
Entre juin et septembre 2018, trois arrêtés d'interdiction d'occupation concernant les appartements de l'immeuble, dont celui de José, ont finalement été publiés, mais une seule personne a pour l'instant été relogée par la préfecture, selon la Fondation Abbé Pierre.
« Mon propriétaire est dans l'obligation de me reloger, mais il ne me fait que des propositions ridicules », assure José, qui déplore le manque d'empathie de son bailleur.
« Il n'est même pas capable de comprendre que l'on ne peut pas vivre avec des fuites sur la tête. »
Cette situation est emblématique des « abus commis par les marchands de sommeil » qui continuent de « faire leur beurre sur le dos des étudiants, des retraités et des travailleurs pauvres », affirme Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre.
Saluant le renforcement de la lutte contre les marchands de sommeil dans le projet de loi Elan, il réclame toutefois davantage de moyens au gouvernement pour déceler les situations d'habitat indignes.
Le projet de loi Elan (Évolution du logement, de l'aménagement et du numérique) prévoit notamment des peines complémentaires de confiscation des biens et d'interdiction d'acquisition de nouveaux biens immobiliers pendant cinq ans.
« S'attaquer au portefeuille des marchands de sommeil ne suffira pas.
C'est tout un sous-marché de logements dégradés qui s'est développé en France et il n'y a pas assez de logements sociaux », dénonce M. Robert.
Quelque 5 000 signalements de logements insalubres sont recensés chaque année aux services de la Mairie de Paris, selon des représentants de la mairie du 14e arrondissement.
La Ville a également comptabilisé plus de 7 000 chambres de moins de neuf mètres carrés dans la capitale, selon la Fondation Abbé Pierre.

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