mardi 3 juillet 2018

Redoine Faïd : « maître conférencier du banditisme » et chéri des médias !

 
 




Et le voilà qui tourne de plateau en studio, s’invite dans les rédactions, pose pour les photographes.

À les en croire tous, Faïd est devenu un charmant jeune homme, presque un gendre idéal pour belle-mère en mal de frissons.
Redoine Faïd, « le braqueur le plus recherché de France », s’est une nouvelle fois fait la belle.
Évadé en hélicoptère en moins de temps qu’il n’en faut pour s’en apercevoir.
Du grand art.
Et revoilà les clichés à la une…
On prend les mêmes et on recommence, et sans qu’il soit besoin de gratter bien loin, on sent poindre dans les propos des commentateurs une évidente admiration.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore par cœur la biographie de celui qui mobilise aujourd’hui 2.900 gendarmes à ses trousses, la voici résumée par LCI : « À 46 ans, il est le braqueur le plus recherché de France. D’origine algérienne, Redouane Faïd grandit dans une cité de Creil. Très vite, il y commet ses premiers larcins. À 6 ans, il veut faire voleur comme d’autres veulent être pompiers. Dès lors l’escalade débute. À 18 ans, il commet son premier vol à main armée. Il a passé plus d’un tiers de sa vie derrière les barreaux. »
Une vocation, donc, pour un individu dont on nous vante « le goût pour la liberté », l’intelligence et le pouvoir de séduction.
Et qui se laisse séduire ?
Les médias.
Sans exception.
Car, en 2010, après l’un de ses plus longs séjours en prison, Redoine Faïd trouve une brave âme pour lui tenir la plume.
Avec l’aide de Jérôme Pierrat, il publie son autobiographie, Braqueur : des cités au grand banditisme.
Tout ce qu’il faut pour une nouvelle carrière.
Et le voilà qui tourne de plateau en studio, s’invite dans les rédactions, pose pour les photographes. On évoque une suite au cinéma.
À les en croire tous, Faïd est devenu un charmant jeune homme, presque un gendre idéal pour belle-mère en mal de frissons.
« Avec son costume, il avait l’air d’un employé de banque », dit aujourd’hui son nègre.
Et puis on aime tellement croire à la rédemption des mauvais garçons…
Invité déjà sur LCI, il est le héros du magazine « L’actualité de… ».
Titre du jour : « Prison : école du crime ou fin de carrière ? »
Et là, devant la France émue, Faïd le jure face caméra : « Ce que je sais, c’est que mes démons ne sont pas endormis. Ils sont complètement morts. »
Et vite ressuscités puisque, quelques mois plus tard, il participe à une tentative de braquage à main armée qui tourne mal.
Plusieurs automobilistes sont blessés par le commando en fuite et la policière Aurélie Fouquet, une mère de famille de 26 ans, y laissera la vie.
Arrêté, condamné à 25 ans de prison, Redoine Faïd s’évade en 2013 de la prison de Sequedin : prise d’otages, explosifs.
Retour au trou.
Re-condamnation et re-évasion ce 1er juillet.
Dans les hautes sphères de l’État, on feint l’étonnement : Ah bon ! Comment se fait-il ? Aurait-on été imprudent avec ce beau jeune homme ?
Le ministre Nicole Belloubet fait des pointes devant la presse : « Il était à l’isolement donc dans un quartier sécurisé… »
Mal, sans aucun doute !
Elle précise : « La gestion de Redouane Faïd était très particulière parce que l’on savait que c’était un détenu à haut risque et l’on m’a expliqué […] que lorsqu’il sortait de sa cellule et qu’il se rendait au parloir, il n’y avait personne sur son trajet de sorte qu’il ne croise aucune personne autre que les surveillants qui l’accompagnaient. »
Faut-il comprendre que les surveillants armés de leur seul sifflet seraient alors les grands responsables ?
Lors de sa première évasion, Frédéric Ploquin, reporter à Marianne et spécialiste des réseaux criminels, rapportait l’avoir rencontré une quarantaine de fois.
« Pendant une petite année, Redoine Faïd a vécu une vie de liberté. Il travaillait juste à côté de Marianne, où il s’invitait régulièrement pour me rencontrer », disait-il.
Faïd « théorisait sur l’art de la cavale. Il se prenait pour une sorte de maître de conférence de la criminalité. Il me disait ce qu’il fallait faire… »
Et de conclure : « C’est quelqu’un qui a une famille, une cour… y compris dans les médias, d’ailleurs. »
Ah bon ?

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