lundi 9 juillet 2018

Lille : la grande braderie… des notes du bac

 
 




On connaissait les « perles » du bac, dont certains journaux publient un échantillon pour amuser leurs lecteurs, ces énormités qui arrachent parfois (pour un instant, pour un instant seulement, comme chantait Jacques Brel) les correcteurs à la morosité d’insipides paquets de copies.

Cette année, la palme du grotesque ne semble pourtant pas revenir à un élève doté d’une imagination inversement proportionnelle à ses connaissances, mais aux services de l’Éducation nationale de l’académie de Lille.
Selon le Syndicat national des enseignements de second degré (SnesFSU) de Lille, cité par Europe 1, « des dizaines de professeurs, examinateurs et correcteurs convoqués en jury de bac au lycée Wallon de Valenciennes ont eu la stupeur de voir leurs notes modifiées sur les relevés, sans que les jurys, normalement souverains, aient pu délibérer ».
La raison ?
La colère de 200 candidats de la série S à qui on avait interdit l’usage de la calculatrice pendant l’épreuve de physique-chimie, et qui s’estimaient à juste titre lésés.
Cette initiative malheureuse incomberait au proviseur d’un lycée de Maubeuge.
La bourde semble invraisemblable : le sujet portant sur la première page, en gros caractères et en gras, la mention explicite « L’usage de tout modèle de calculatrice, avec ou sans mode examen, est autorisé », il est stupéfiant que personne n’ait songé à rectifier l’erreur de ce chef d’établissement avant la fin de l’épreuve.
Il aurait alors suffi d’allonger le temps de la composition pour ces candidats.

Mais le mal était fait et il fallait bien trouver une solution pour y remédier après coup.
L’usage et le bon sens auraient voulu que les élèves concernés fussent convoqués pour repasser l’épreuve, avec un sujet de remplacement.
C’était sans doute trop simple.
Ou peut-être a-t-on préféré modifier les notes en catimini, pour ne pas donner trop de publicité à l’affaire.
Mais, en fait, on n’a fait que transformer une faute excusable en « un véritable scandale ».
En effet, les notes ont été modifiées non seulement sans l’accord des correcteurs mais encore de manière tout à fait arbitraire : « Ces modifications, à notre connaissance, ont été effectuées de manière à ce qu’aucun des 200 élèves concernés ne soit « ajourné ».
Les dossiers scolaires n’ont pas été pris en compte, les notes ont été modifiées sans aucune autre logique qu’une logique comptable », dénonce le syndicat.
Par exemple, des élèves ayant obtenu initialement 01/20 voient leur note remontée artificiellement à… 16/20 en physique-chimie ; d’autres, notés initialement 07/20 passent à 15/20 en mathématiques et, comble de l’absurdité, un élève absent obtient la note de 09/20 en mathématiques… alors qu’il n’a pas passé l’épreuve !
Le rectorat n’a pas pu faire autrement, pour tenter de sauver la face, que de réunir à nouveau les jurys le lundi 9 juillet, alors que les résultats de l’examen sont tombés le 6, « pour leur permettre de réexaminer, le cas échéant, les notes attribuées à chacun de ces candidats ».
Je ne sais pas quel père Ubu de l’Éducation nationale a pris cette décision aberrante, où le ridicule le dispute au cynisme et la désinvolture au despotisme, mais elle ne fait que jeter encore un peu plus de discrédit sur un diplôme et une institution déjà fort décriés et bien malades.

Christine Célérier

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