mercredi 9 mai 2018

Accord sur le nucléaire iranien : 10 conséquences de la (folle) décision de Trump

 
 
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Le monde a basculé le 8 mai 2018, avec la sortie des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien. Voici ce qui risque de se passer maintenant.

Rien n’y a fait.
Ni les câlins d’Emmanuel Macron.
Ni les menaces du président iranien.
Ni les assurances des patrons de la CIA et de l’AIEA.
Donald Trump a tranché : sous le prétexte non prouvé que l’Iran ne le respecte pas, il retire les Etats-Unis de l’accord nucléaire signé le 14 juillet 2015.
Une folle décision aux conséquences considérables.

Après la dénonciation de celui de Paris sur le climat, voici l’abandon unilatéral d’un autre accord qui a été négocié par les grandes puissances pendant plus de dix ans.
L’Amérique devient donc, à l’évidence, un "rogue state" – un Etat voyou qui ne respecte pas ses engagements internationaux et ment une fois encore ouvertement au monde.
L’invasion de l’Irak n’était donc pas une exception malheureuse : Washington n’incarne plus l’ordre international mais le désordre.
 
Si l’on en doutait encore, le monde dit libre n’a plus de leader crédible ni même de grand frère.
Ce qui va troubler un peu plus encore les opinions publiques et les classes dirigeantes occidentales.
Puisque l’Iran en est l’un des plus gros producteurs et qu'il va être empêché d'en vendre, le prix du pétrole, déjà à 70 dollars le baril, va probablement exploser, ce qui risque de ralentir voire de stopper la croissance mondiale – et donc celle de la France.


D'ailleurs, de tous les pays occidentaux, la France est celui qui a le plus à perdre d’un retour des sanctions américaines – directes et indirectes.
L’Iran a, en effet, passé commandes de 100 Airbus pour 19 milliards de dollars et a signé un gigantesque contrat avec Total pour l’exploitation du champ South Pars 11.
Or Trump a choisi la version la plus dure : interdire de nouveau à toute compagnie traitant avec Téhéran de faire du business aux Etats-Unis.
Pour continuer à commercer sur le marché américain, Airbus et Total devront donc renoncer à ces deals juteux.

En Iran, le président "réformateur" Rohani, qui avait défendu bec et ongles l’accord en promettant des retombées économiques mirifiques pour son pays et accepté, par cet accord, que son pays démonte les deux tiers de ses centrifugeuses et se sépare de 98% de son uranium enrichi, est humilié. Tandis que le clan des "durs" pavoise.

L’accord dénoncé, l’Iran va donc probablement relancer au plus vite son programme nucléaire militaire en commençant par réassembler les centrifugeuses et les faire tourner dans un bunker enterré très profondément.

Ce qui devrait être le déclencheur d'une course folle à l’armement atomique dans tout le Moyen-Orient.
L’Arabie saoudite, grâce au Pakistan, et la Turquie, grâce à son développement économique, ne voudront pas être dépassées par l'Iran et voudront, donc, devenir elles aussi des puissances nucléaires. Si bien qu’Emmanuel Macron a eu raison d’évoquer "un risque de guerre" (dans le "Spiegel" samedi dernier) si les Etats-Unis se retiraient de l’accord.
De fait, le risque est grand que cette dénonciation unilatérale, alliée à un retour en force des "conservateurs" à Téhéran, ne précipite un affrontement militaire de grande envergure entre Israël et l’Iran – affrontement qui a déjà commencé à bas bruit, ces dernières semaines, par les frappes de Tsahal contre des bases du Hezbollah en Syrie.

La milice chiite pro-iranienne qui vient de remporter les élections législatives au Liban pourrait profiter de cette victoire électorale inattendue et du retrait unilatéral américain – gros de menaces militaires – pour attaquer le nord d'Israël.

Et, ainsi soutenu politiquement par le président américain, le gouvernement israélien pourrait décider de frapper ce qui reste des installations nucléaires iraniennes, ainsi qu’il l’avait sérieusement envisagé plusieurs fois avant l’accord de 2015.
Autrement dit, la seule question est peut-être désormais de savoir lequel des deux pays, l'Iran ou Israël, va lancer la vaste offensive en premier.
A moins que les Etats-Unis ne décident de frapper eux-mêmes "préventivement" la République islamique, avec les conséquences géopolitiques que l'on n'ose imaginer.
Vous croyez cela impossible ?
N’oubliez pas que Donald Trump vient de se choisir un nouveau conseiller à la sécurité.
Il s’agit d’un certain John Bolton, un néoconservateur qui milite depuis le 11-Septembre pour que les Etats-Unis renversent le "régime des mollahs"...

Evidemment, cette décision de Trump éloigne un peu plus encore l’espoir d’un règlement politique du conflit syrien.
Et augmente les risques sur le terrain d’affrontements militaires entre milices iraniennes et soldats occidentaux – dont les forces spéciales françaises.

Vincent Jauvert
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