mardi 24 avril 2018

Le Coût Elevé du Déni

 
 

La chancelière allemande, Angela Merkel. (Photo par Carsten Koall / Getty Images)

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  • Même la chancelière Merkel et le New York Times ne peuvent plus refuser de voir ce qui a sauté aux yeux des Européens ordinaires. C'est l'aveu que les choses ont si mal tourné - et sont si bien documentées – qu'il n'est plus possible de continuer à les ignorer.
  • Si tel est le cas, on est en droit de se dire : combien de problèmes auraient pu être évités si le déni n'avait jamais été pratiqué ?

Les politiciens traditionnels et les grands médias reconnaîtraient-ils enfin ce que le public européen a vu sans se mettre des œillères ?
Deux affaires récentes suggèrent qu'une prise de conscience est peut-être en cours.
La première tient à un aveu de la chancelière allemande Angela Merkel qui, presque six mois après le semi-échec infligé à son parti lors des élections au Bundestag, a enfin réussi à monter un gouvernement de coalition.
En septembre dernier, non seulement Angela Merkel et ses alliés ont subi une défaite historique, mais le parti anti-immigration AfD (Alternative für Deutschland), à peine vieux de cinq ans, à fait une entrée fracassante au Parlement au point de représenter aujourd'hui le principal parti d'opposition.
Si les électeurs allemands avaient voulu envoyer un message, celui-ci n'aurait pu être plus clair.
Ce message pourrait aussi avoir été entendu.
Le lundi 26 février, Merkel a donné une interview à la chaîne allemande N-TV.

Elle a reconnu qu'il existait des « zones de non-droit » dans son pays : « c'est-à-dire, des zones où personne n'ose se rendre ».

Elle a ajouté : « ces endroits existent, on doit les appeler par leur nom et faire quelque chose à ce sujet. »
La chancelière a expliqué que ces « no-go-zones » obligeaient à une « tolérance zéro », même si elle a reconnu être incapable de dire où ces zones se situaient.
Deux jours plus tard, le porte-parole de Merkel, Steffen Seibert, a souligné que « les mots de la chancelière parlent d'eux-mêmes ». La chancelière a parlé peu, mais le peu qu'elle a dit est significatif.

Des années durant, les responsables allemands, à l'instar de leurs homologues européens, ont nié avec fureur l'existence de zones de non-droit.
Le même déni a eu lieu dans d'autres pays, notamment en Suède et en France.
En janvier 2015, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a même menacé de poursuivre Fox News qui avait affirmé que des « no-go-zones » existaient à Paris.
« L'honneur de Paris » et « l'image de Paris » avaient été lésés a affirmé Hidalgo sur CNN.
Une affirmation très extraordinaire quand on y songe, car si « l'image de Paris » a été malmenée à cette époque c'est plutôt par le massacre de 12 journalistes, caricaturistes et policiers dans les locaux de Charlie Hebdo , et par le massacre de quatre personnes dans un supermarché casher deux jours plus tard.
Dans ce contexte, les semi-aveux de Merkel – par opposition aux dissimulations d'Hidalgo - doivent être applaudis, légèrement, quand ils se produisent.
Juste une semaine plus tard, un autre étrange jalon a été posé.
Le 6 mars, le New York Times a publié en Une, un article – le seul qui était illustré de deux photos – qui tranchait avec ce que ce journal publie habituellement.
Sous le titre « De vieilles armes ébranlent la Suède », le journal faisait état de la mort d'un homme de 63 ans à Varby Gard, une banlieue de Stockholm.
Daniel Cuevas avait achevé son travail de nuit auprès d'adultes handicapés et rentrait en compagnie de sa femme quand il a repéré un objet sphérique au sol.
Il est descendu de vélo et s'en est saisi.
La grenade à main M-75 et ses 3000 billes d'acier ont tué sur le coup M. Zuniga et jeté sa femme à bas de sa bicyclette.
Comme l'a reconnu le journal, l'événement n'a rien eu de singulier.
Il s'est inscrit dans la liste déjà longue d'actes de violence – mettant notamment en jeu des grenades à main – dus à l'afflux en Suède de gangs étrangers et d'armes étrangères (en provenance des stocks accumulés pendant les guerres balkaniques des années 1990).
Le New York Times a cité Paulus Borisho, demandeur d'asile, ancien membre d'une milice libanaise qui, dans le kebab où il travaille, a été témoin de l'explosion :
Qu'une grenade soit trouvée sur le trottoir à l'extérieur d'un restaurant kebab, à deux pas d'une école primaire, lui paraissait difficile à accepter.
« Maintenant, quand je pense à l'avenir, j'ai peur », a-t-il dit. « J'ai peur pour l'Europe ».
Il y a tout lieu d'être inquiet en effet.
Le journal a également eu l'honnêteté de citer les amis du défunt M. Zuniga, qui ont fait état de ses critiques sur les « évolutions intervenues à Varby Gard » et son « regret que la police n'ait pas un meilleur contrôle de la situation ».
Encore une fois : il y a tout lieu d'être inquiet.
La recrudescence de la violence des gangs, et les attaques à la grenade en Suède ont fait l'objet d'articles dans plusieurs médias ces dernières années
La plupart ont souligné les ridicules moyens des forces de l'ordre.
Ainsi, le chef de la police suédoise Linda Staaf a récemment tenté de dissuader les gangs d'avoir recours à des grenades parce que la personne qui dégoupille « s'expose à un risque énorme ».
Les journaux comme le New York Times ont porté peu d'intérêt à de tels problèmes - des problèmes qui apparaissent si menaçants aujourd'hui que le Premier ministre Stefan Löfven a envisagé de dépêcher l'armée dans certaines banlieues suédoises.
Les journaux comme le New York Times ont longtemps pratiqué le même déni qu'Angela Merkel sur les problèmes générés par l'immigration en Europe de blocs de populations issues des pays en voie de développement.
Ils ont préféré vanter le « courage » qu'il y aurait eu à suspendre les contrôles aux frontières et à minimiser ou à ignorer les terribles conséquences de l'importation de millions d'individus à l'identité inconnue.
Et comme Anne Hidalgo à Paris, ils ont eu tendance à tirer sur le messager plutôt que de publier des faits, rejetant la réalité comme des « fake news » ou de la propagande d'« extrême droite ».
L'année dernière, quand Donald Trump a fait état de « ce qui s'est passé la nuit dernière en Suède », les grands médias savaient pertinemment à quoi il se référait.
Ils savaient que le président évoquait un reportage de Fox News diffusé la veille sur la dégradation de la situation sécuritaire en Suède.
Mais les médias ont choisi de ne pas reprendre cette information. Ils ont préféré se moquer du président et tourner en ridicule l'idée que le paradis scandinave connaissait d'importantes difficultés.
A l'époque, le New York Times avait jugé les commentaires du président Trump « déconcertants », et une grande partie du reste des médias a réaffirmé que la Suède jouissait d'une paix infinie et qu'Ikea ​​avait été diffamé par le président.
La surprise vient aujourd'hui de ce que, sur un même laps de temps, la chancelière Merkel et le New York Times prennent en considération des faits qu'eux-mêmes et leurs soutiens, ont prétendu être imaginaires.
Il n'y a cependant aucune raison de se réjouir.
Une telle reconnaissance n'implique pas que la situation s'améliore.
Admettre enfin ce que les Européens ordinaires considèrent comme une évidence, ne peut signifier qu'une chose : la situation est en train de si mal tourner que même ce bon vieux New York Times et Maman Merkel ne sont plus en mesure de les ignorer.
Si tel est le cas, on est alors en droit de se demander : combien de problèmes auraient pu être évités si le déni n'avait jamais eu lieu ?
Douglas Murray, auteur britannique, commentateur et analyste des affaires publiques, est basé à Londres, en Angleterre. Son dernier livre, un best-seller international, est "The Strange Death of Europe : Immigration, Identity, Islam".

gatestoneinstitute 

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