dimanche 22 avril 2018

« Fuck the fac ! »

 
 


Le 22/04/2018

Catherine Rouvier                 
Docteur d'Etat en droit public, avocat, maitre de conférences des Universités
 
On pourrait au moins exiger des « occupants » la remise en état des lieux saccagés à leurs frais.
 
Étudiants ou casseurs, ils n’auront pas passé le week-end dans la « tour Tolbiac ».
Vendredi matin à l’aube, une centaine de policiers ont viré en une petite heure les occupants de la faculté.
 Le président en avait fait la demande dès le 5 avril.
Les bombes de peinture, les calicots, affiches et tracts ont été sauvés à la hâte pour le Grand Soir à venir.
En revanche, lits, tentes, vêtements, vaisselle sale, détritus jonchent sols et tables dans les amphis tagués, les toilettes bouchées, les cafétérias vidées aux vitrines brisées.
Coût approximatif de la remise en état : 800.000 euros.
D’autres présidents d’université ont pourtant, pour recourir à la force publique, des pudeurs de jeunes filles.
Notamment à Nanterre.
Malgré la pétition contre d’une cinquantaine de professeurs, l’occupation a été « reconduite en AG ». Certes, vu l’immensité du campus, une opération d’évacuation serait beaucoup plus longue qu’à Tolbiac, mais là n’est pas la raison principale de la pusillanimité du président.
Il faut plutôt chercher du coté des séquelles de 68.
Le président de l’université de Montpellier ayant autorisé certains étudiants à évacuer les occupants à l’aide de simples bâtons a été mis en examen.
Alors, des flics…
Depuis 68, si baston égale facho, CRS égale SS.

Il serait temps, pourtant, d’en finir avec les occupations, sauf à considérer que, tous les cinquante ans, on donne les diplômes : le bac en 68, les licences et masters en 2018 !
À l’université, un « semestre » de cours dure, en réalité, trois mois : octobre–décembre, puis février-mai.
Un mois de fermeture de l’université aboutit donc à supprimer un tiers du programme et de la notation du semestre.
Et risque, s’il se prolonge, de rendre impossibles les examens.
Certains ont trouvé la parade : dissuader les étudiants d’aller dans les « AG » où tout est joué d’avance en leur proposant un vote électronique.
C’est ce qu’a fait Sciences Po.
La direction, cependant, au lieu de s’appuyer sur les 67 % d’étudiants « contre » pour demander l’évacuation, a alloué un bâtiment à la minorité occupante.
 38 % des locaux !
 Fi de la loi de majorité et proportionnelle intégrale ?

On pourrait au moins exiger des « occupants » la remise en état des lieux saccagés à leurs frais.
Mais pour ça, il faudrait être sûr de son bon droit.
Or, les présidents interwievés par les médias sur la réforme en cours, pourtant peu audacieuse, des règles de l’admission en fac n’osent même pas prononcer le mot tabou de sélection, ou le font en baissant la tête comme des coupables.

Il est vrai que certains slogans tagués sur les murs comme « la littérature est morte, vive le smartphone » ou « kiff la Révolution, fuck the fac » ont pu persuader certains dirigeants fragiles que l’université, cette belle invention millénaire, était en elle-même totalement périmée.

Ce qui l’est, c’est peut-être tout simplement la gratuité.

Dans l’étable de monsieur de Sorbon, au XIIe siècle, les bacheliers payaient eux même les professeurs dont ils choisissaient de suivre les cours et apportaient leurs tables.
Ils riaient, chantaient, buvaient, insultaient le recteur par des libelles effrontés, voire hurlaient dans les rues.
Mais ne cassaient pas.

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