jeudi 24 août 2017

Charlie sur l’islam : Stéphane Le Foll n’est plus favorable à la liberté d’expression !

 


Le 24/08/2017
Philippe Kerlouan

Cette une de Charlie Hebdo, comme les précédentes, ne justifie en rien l’ouverture d’un débat sur la liberté d’expression.

On peut aimer ou ne pas aimer l’esprit de Charlie Hebdo et son humour, souvent noir et décapant.
Au demeurant, personne n’est contraint de le lire.
Mais on ne peut pas, en même temps, être pour et contre la liberté d’expression.
Stéphane Le Foll, qui a échappé à la débâcle socialiste en annonçant vouloir « participer à la réussite » du quinquennat d’Emmanuel Macron, ne semble pas gêné par cette contradiction.

Mercredi matin, sur BFM TV, il a dénoncé la dernière une de l’hebdomadaire satirique.
La couverture montre une camionnette qui s’éloigne sur les chapeaux de roue avec, au premier plan, deux corps gisant dans une mare de sang.
Une allusion explicite aux attentats de Barcelone.
C’est surtout la légende qui a suscité des réactions sur les réseaux sociaux et celle de notre ancien ministre : « Islam, religion de paix… éternelle ! »

Stéphane Le Foll a souligné le danger des « amalgames », ajoutant : « Quand on est journaliste, il faut de la responsabilité, car certains peuvent s’en servir. Je ne peux pas dire que je partage [cette une], je la conteste même. »
On le croyait pourtant un fervent défenseur de la liberté d’expression.
Mais suggérer un rapprochement entre islam et terrorisme, voilà qui n’est pas convenable !
Aurait-il eu la même réaction devant une caricature du pape pratiquant un acte de sodomie ?

Quoi qu’on pense de son caractère pacifique ou guerrier, personne ne contestera sans mauvaise foi que les terroristes qui sévissent en Europe, au Proche-Orient ou dans d’autres parties du monde se réclament de l’islam.

Certains commentateurs ont même rappelé récemment que l’Espagne, qui a connu une occupation musulmane pendant sept siècles, reste, dans l’imaginaire de nombreux islamistes, un territoire à reconquérir.

N’en déplaise à Stéphane Le Foll, qui n’est pourtant pas le plus excité des gauchistes, il y a quelque indécence à dénoncer des caricatures contre l’islam quand on s’accommode d’attaques contre d’autres religions, notamment la religion catholique.
Charlie Hebdo ne se prive pas de dessins souvent obscènes mettant en cause le pape ou les prêtres catholiques.
On ne sache pas qu’il s’en soit offusqué.

La dénonciation de cette caricature montre paradoxalement que l’islam n’est pas une religion comme les autres.
Les « bien-pensants » savent que, à l’exception de quelques protestations officielles, les catholiques ne descendront pas dans la rue pour défendre leur religion.
Mais ils redoutent les réactions des musulmans qui pourraient voir, dans les caricatures portées contre leurs croyances, une forme de provocation.

Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux, réputé modéré, réagissant sur France Info aux attentats de Barcelone, a souligné que les attentats terroristes ont « tué plus de musulmans que de non-musulmans » en frappant d’abord les « sociétés musulmanes » avant de se produire « dans les sociétés démocratiques comme la nôtre ».
Étrange argumentation : doit-on en conclure qu’une « société musulmane » n’est pas compatible avec la démocratie ?

C’est la preuve, en tout cas, que la religion musulmane a encore beaucoup de chemin à faire pour accepter la loi républicaine et la critique, au même titre que les autres religions.
Le dire, ce n’est pas inciter à la haine contre les musulmans, c’est contribuer à la réflexion et à l’établissement de la vérité.

Dans une République laïque, il n’existe pas de blasphème.
Cette une de Charlie Hebdo, comme les précédentes, ne justifie en rien l’ouverture d’un débat sur la liberté d’expression.
Stéphane Le Foll, qui s’en veut le défenseur, appelle à l’autocensure, qui est la forme la plus raffinée de la censure : elle contraint les journalistes et les lecteurs à se situer toujours dans les limites de la bien-pensance.

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