jeudi 6 juillet 2017

L’Autriche prête à envoyer l’armée pour défendre sa frontière avec l’Italie contre l’afflux d’immigrants

Le 06/07/2017


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Dans une déclaration commune mercredi, le chancelier autrichien Christian Kern et le ministre de la défense Hans Peter Doskozil ont cherché à apaiser les tensions avec l’Italie : Vienne ne prévoit pas pour le moment de rétablir les contrôles à la frontière ni de déployer son armée pour arrêter un éventuel nouvel afflux d’immigrants clandestins.
 
Cependant, ont souligné les deux hommes dans leur déclaration, « une chose est claire : il ne saurait y avoir une répétition de la situation de 2015 », et l’Autriche se prépare bien « à une possible dégradation de la situation [en Italie] ».
 
Lundi, l’Autriche se disait prête à déployer son armée à la frontière avec l’Italie

Lundi, Doskozil avait suscité l’ire du gouvernement italien en expliquant dans le tabloïde Krone que l’Autriche pouvait déployer en 72 heures 750 soldats et quatre véhicules blindés au col du Brenner pour stopper tout afflux potentiel de « migrants ».
 Le col du Brenner est un point de passage important entre les deux pays, et Vienne s’était déjà attiré force critiques au printemps 2016 en équipant le passage d’une zone de contrôle confinée et d’un mur de 250 mètres pour pouvoir fermer le col à tout moment.

Mardi, le ministère italien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur autrichien pour demander des explications.
 De son côté, le ministre de l’Intérieur italien Marco Minniti a parlé d’une « initiative injustifiée et sans précédent », alors « qu’il n’existe aucune situation d’urgence au col du Brenner ».
Le ministre a menacé l’Autriche de répercussions sur la coopération dans le domaine de la sécurité entre les deux pays.
 
L’afflux d’immigrants en Italie va-t-il obliger l’Autriche à agir comme elle l’a fait en 2016 pour fermer la route des Balkans ?



L’annonce de Doskozil dans presse autrichienne peut s’expliquer par l’approche des élections parlementaires qui se dérouleront en octobre prochain, avec un parti anti-immigrationniste FPÖ toujours haut dans les sondages malgré l’apparent durcissement, depuis début 2016, de la politique du gouvernement de coalition entre les sociaux-démocrates (SPÖ, dont font partie Doskozil et Kern) et le centre-droit (ÖVP).
C’est l’Autriche qui, en fermant ses frontières aux immigrants clandestins, a provoqué, par effet domino, la fermeture de la route des Balkans avec l’appui des pays du Groupe de Visegrád. L’Autriche s’est aussi engagée dans une Coopération de défense d’Europe centrale (CEDC) avec la Tchéquie, la Slovaquie, la Hongrie, la Slovénie et la Croatie, pour une collaboration plus étroite, en court-circuitant Bruxelles, dans la lutte contre l’immigration illégale par une mise en commun de moyens civils et militaires.

C’est néanmoins par l’Italie que passe désormais la principale route de l’immigration illégale, avec 83.183 arrivées entre le 1er janvier et le 4 juillet selon l’OIM (qui précise qu’il s’agit d’estimations minimales).
Or le gouvernement de centre gauche de Paolo Gentiloni, quand il menaçait récemment de fermer l’accès à ses ports, ne songeait qu’à obliger ses partenaires européens à partager le fardeau de l’accueil de tous les immigrants clandestins.

Gentiloni l’a redit le 3 juillet à la conférence de la FAO : l’Italie tout entière est mobilisée pour l’accueil des immigrants et elle demande à l’Europe de partager cette charge au nom de ses principes.

D’où la réaction de colère après les déclarations autrichiennes, qui laissent clairement entendre que l’Italie ne maîtrise plus rien.

Olivier Bault

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