lundi 10 avril 2017

Donald Trump relance-t-il une troisième guerre mondiale ?

Le 10/04/2017
 
 
Trump Syrie
 

Michel Lhomme, philosophe, politologue 

On nous dit qu’en frappant la Syrie, Donald Trump serait enfin devenu président des États-Unis, mais pour qui au juste ?

Nous ne commenterons pas l’enfumage de l’attaque chimique  attribuée à Bachar El Assad.
 L’ancien ambassadeur du Royaume-Uni en Syrie, Peter Ford, a estimé dans une interview accordée à Sky News qu’il était « hautement improbable que la Syrie ou la Russie soient derrière cette attaque chimique ».
Trump est devenu “Commandier en Chief” mais un commandeur avant tout moral.
Il s’agit une fois de plus pour l’Oncle Sam de punir l’horreur dans la rhétorique biblique évangéliste américaine pour ainsi remobiliser le parti de l’Amérique moralisatrice de l’axe du Bien et la politique impérialiste humanitaire.
La presse américaine  soutient maintenant l’action extérieure de Donald Trump : joli revirement.

Mais alors qui est vraiment Donald Trump ?

Avant tout, un milliardaire pro-militariste, qui a toujours servi en réalité les intérêts financiers du lobby militaro-industriel, un lobby qui, pour exister, survivre même comme une pieuvre a besoin des guerres et si possible de civilisations (elles durent plus longtemps).
Les néoconservateurs de Washington ont donc changé de cheval et en quelques heures, ils ont éperonné Trump.
Les frappes de Donald Trump ne peuvent aussi se comprendre qu’en revenant aussi au slogan de sa campagne « America First » (« l’Amérique d’abord »), slogan martelé tout de même trois fois lors du discours d’investiture du 20 janvier 2017.
 Les décisions de Trump sont donc mues par cette volonté de défendre à nouveau les intérêts premiers des États-Unis, la transformant en un réalisme brutal du point de vue américain comme l’activité américaine belliqueuse actuellement au Yémen et les manœuvres militaires avec la Corée du Sud et le Japon.
Nous continuons en quelque sorte la belle épopée du western Reagan et du ranch des Bush sauf que cette politique se poursuit dans le déclin technologique de la puissance américaine car la disparition de 36 tomahawks sur 59 c’est tout de même beaucoup pour un tir qui se voulait nourri et on imagine les Russes en sourire encore.

Quoi qu’on dise, les États-Unis sont en réalité devenus faibles ne serait-ce qu’économiquement parce qu’ils empruntent et importent trop de l’étranger, notamment des biens qu’ils ne peuvent même plus produire eux-mêmes, parce qu’ils gâchent trop leur puissance militaire, parce qu’ils ont perdu un certain niveau intellectuel dans leurs élites, parce qu’ils sont aussi du point de vue des mœurs devenus immoraux .
Les États-Unis vont peut-être demain enrichir le reste du monde mais ce ne sera plus en fait qu’en s’appauvrissant eux-mêmes.
La force de Trump, c’est que lui, le sait pertinemment.
Dans l’esprit de la nouvelle administration nord-américaine, le signe principal de cette prise de conscience de l’affaiblissement de la puissance américaine est l’engagement du nouveau président américain à combler le déficit par des mesures protectionnistes.
 Mais n’est-ce pas déjà trop tard ?
 Les États-Unis n’ont pas connu d’année pleine d’excédent commercial depuis 1972, autrement dit depuis la fin du système monétaire de Bretton Woods.
Le déficit commercial n’a cessé depuis de se creuser.
Certes, on n’est plus à proximité des déficits record de 700 milliards de dollars des années 2005-2006, mais en 2016, les États-Unis ont importé 500,56 milliards de dollars de plus qu’ils n’ont exporté et ce déficit atteint 750 milliards d’euros pour le seul commerce des biens.
Cette hémorragie de fonds que l’aventure militaire où qu’elle soit ne fera que renforcer empêchera tout financement sur des bases solides de la puissance extérieure des États-Unis.

La frappe américaine en Syrie vient de montrer le retour en force des néoconservateurs qui étaient en compétition avec les isolationnistes pro-russes au sein de l’appareil d’Etat américain (élimination successive du général Flynn puis de Steve Bannon).
Cette frappe va satisfaire les lobbys de l’armement qui craignaient par dessus tout, la fin des guerres américaines et enthousiasmer de son côté Israël que Trump, en sioniste radical  a décidé de soutenir jusqu’au bout.
La frappe syrienne a permis, en tout cas, en quelques heures au président américain de s’emparer des leviers du pouvoir mais elle n’a en réalité eu aucun impact militaire sur le terrain puisqu’opérée loin du front, les Russes paraissant même avoir été prévenus , signe qu’il y aurait peut-être des tractations et des marchandages en cours.

N’oublions pas que la Syrie est non négociable pour la Russie et que l’autre enjeu de la guerre en Syrie est avant tout énergétique , le gaz et son oléoduc intercontinental permettant à l’Union Européenne de ne plus dépendre du géant russe Gazprom.
La Syrie est la clef, le verrou de l’alimentation du gazoduc américano-européen, un verrou que la Russie ne peut aucunement céder à moins de renoncer du coup à sa puissance gazière européenne.

 L’accalmie sur la scène internationale aura été de courte durée

Fait hautement significatif, on a relevé cette semaine que les diplomates russes semblaient désemparés (ce qui est très rare) face à l’attitude de l’actuelle administration américaine.

De nouveau, on évoque donc dans certains couloirs la perspective d’une troisième guerre mondiale (tensions entre les États-Unis, la Corée du Nord et la Chine, fin de l’accord sur le nucléaire iranien, offensive américaine au Yémen, problème ukrainien en suspens avec le déploiement du système anti-missiles à l’est de l’Europe et la dictature d’Erdogan en Turque).

Un État est en tout cas prêt, c’est Israël.
 Le 17 mars 2017, Israël a testé avec un certain succès, son système de défense sol-air « Dôme de Fer », à la suite d’un bombardement aérien réalisé par son armée en territoire syrien.

Si Trump a fait volte-face en obéissant au lobby militaro-industriel , seules la Chine et la Russie peuvent demain éviter le pire, la Chine en ruinant en quelques jours les États-Unis, la Russie en ne cédant pas sur la Syrie.

metamag

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