mardi 7 février 2017

Alain Minc : l’insupportable suffisance des petits marquis de la finance

 


Le 07/02/2017


On ne sait jamais ce qui déclenche les révolutions. Il suffit, parfois, de l’insupportable suffisance d’un petit marquis.

Alain Minc, vous connaissez ?

C’est l’homme qui collectionne les conseils d’administration comme d’autres les caleçons, nourri aux jetons de présence de PRISA, CaixaBank, FNAC, Poweo Direct Energie, Ingenico et même Yves Saint Laurent.
 Après avoir quitté le groupe Vinci, nous dit sa fiche Wikipédia, il est maintenant président de la SANEF, la société autoroutière qui vous rançonne.
École des mines, IEP de Paris, ENA… ce fils d’émigrés juifs est un magnifique exemple de réussite républicaine et de méritocratie.
 Issu d’une famille de militants communistes polonais, il est même devenu la boîte à idées de tout ce qui compte ou a compté en politique.
Figure importante de la Trilatérale et du club Le Siècle, il est le conseiller des éminences : Édouard Balladur en 1995, Nicolas Sarkozy en 2012, Alain Juppé pour les primaires de novembre dernier, aujourd’hui Emmanuel Macron
À la place de ce dernier je me méfierais, car avec une indéniable constance, Alain Minc les conduit tous à l’échec !
On rappellera, d’ailleurs, que le même Alain Minc nous affirmait jusqu’à la veille du scrutin, toujours avec cette morgue qui le caractérise, que Donald Trump n’avait aucune chance de l’emporter… et nous expliquait, le lendemain matin, pourquoi il venait de gagner.
Jamais pris en défaut, le bonhomme, affirmant tout et son contraire, capable de se retourner dix fois comme un chat dans sa chute, y compris lorsque le tribunal le condamne pour « plagiat, reproduction servile et contrefaçon » (en 2001), puis de nouveau en 2013.
 Même pas mal !
Celui que Dominique Jamet qualifie d’« infatigable piqueur et speaker d’idées » est intarissable. Minc pérore de télé en radio, donne son avis sur tout, est « l’expert » qui promène partout sa mine chafouine et suffisante.
 C’est à ce titre, bien sûr, qu’on l’a consulté sur ce qu’on appelle aujourd’hui le « Penelopegate ».
Les sommes en jeu ?
 Pas de quoi fouetter un chat.
C’est sûr, les salaires mensuels de madame Fillon, c’est à peu près le prix d’une paire de chaussures de monsieur Minc.
Juste un peu d’argent de poche.
Alors, il le dit, Minc, tout cela ne serait jamais arrivé si les parlementaires étaient mieux payés !
« Quand payera-t-on décemment le métier politique ? » s’indigne-t-il au micro de France Info.
« Je pense qu’il faudrait indexer la rémunération des parlementaires sur celle des plus hauts fonctionnaires. C’est de l’ordre de 10.000 euros. Je ne vois pas pourquoi quelqu’un qui est là pour faire la loi est moins payé que quelqu’un qui est payé pour appliquer la loi. »
 Ah bon ?
 Les hauts fonctionnaires gagnent 10.000 euros par mois ?
Avec chauffeur, cantine de luxe et notes de frais ?

Mais, voyez-vous, le plus fou est qu’Alain Minc a trouvé du monde pour l’appuyer : Henri Guaino, par exemple, l’ancien conseiller spécial de Sarkozy recasé, depuis, comme député des Yvelines.
Très haut fonctionnaire, conseiller maître à la Cour des comptes depuis 2006, il se plaignait lui aussi, début janvier, de ses fins de mois difficiles : « J’habite à Paris, je ne suis pas élu dans la Creuse ou en Corrèze, les loyers sont beaucoup plus élevés. Le train de vie que j’avais avant, même en le réduisant, il pèse plus lourd. »

De même Gérard Collomb, le sénateur-maire de Lyon, qui vit « un vrai cauchemar » depuis l’interdiction du cumul des mandats.
On pleure…

Pascal Praud, ce lundi matin sur RTL, interpellait Alain Minc :
 
 « Et l’ouvrier qualifié de 50 ans qui fait les trois-huit et qui gagne 1.200 euros nets par mois, il est payé décemment ? Et le professeur des écoles qui commence sa carrière à 1.300 euros, il est payé décemment ? Et l’étudiant Bac+5 qui enchaîne les stages à 450 euros nets par mois, soit 3,60 euros de l’heure, il est payé décemment ? »

Et de dénoncer cette explication « qui sonne comme une justification », insupportable à entendre. « Soyez prudent, Monsieur Minc, vous n’avez pas saisi l’époque », lui dit-il.

 « C’est une révolution ? Pas encore sire, juste une révolte », conclut Pascal Praud, rappelant les prémices de 1789.

On ne sait jamais ce qui déclenche les révolutions.

 Il suffit, parfois, de l’insupportable suffisance d’un petit marquis de la finance.

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