vendredi 7 octobre 2016

Notre-Dame-des-Landes. 3000 gendarmes pour déloger les zadistes

Le 07/10/2016
 
 
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06/10/2016 – 07H15 Nantes ( Breizh-info.com  ) –

Mercredi 14 septembre 2016. Le préfet de Loire-Atlantique publie les derniers arrêtés préalables au lancement des travaux à Notre-Dame-des-Landes.

 Ces documents autorisent le transfert et la destruction du campagnol amphibie, espèce protégée dont la présence sur la zone avait été oubliée lors du diagnostic environnemental initial.
L’évacuation des zadistes est donc en préparation.
Cette fois, le gouvernement est décidé à utiliser les grands moyens.
En effet, l’opération « César » diligentée en 2012 à la demande d’un certain Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, avait échoué piteusement.
 Lancée le vendredi 23 novembre, elle prend l’eau dès le samedi soir lorsque le gouvernement annonce la création d’une « commission du dialogue » ; « il s’agira d’une commission d’informations partagées qui permettra au dialogue de se renouer dans de bonnes conditions », explique Najat Vallaud-Belkacem (Le Échos, 26/11/2012).

 Le 20 avril 2013, les forces de l’ordre se retirent.
On est donc très loin du « veni, vidi, vici » proclamé par Jules César lors de sa campagne victorieuse en Asie mineure en – 47 avant notre ère.
Pourtant Manuel Valls, ministre de l’Intérieur à l’époque, avait roulé des mécaniques à Lorient ce même vendredi en défendant l’intervention : « Il est hors de question de laisser un kyste s’organiser (…) de manière durable, avec la volonté de nuire et des moyens parfois dangereux. Nous mettons tout en œuvre pour que la loi soit respectée. » (Libération, 24/11/2012).

 
A l’aube du vendredi 23 novembre 2012, 900 gendarmes avaient lancé une opération de nettoyage de la zone en démarrant au Rosier, à Vigneux-de-Bretagne ; il s’agissait en particulier de détruire les maisons occupées par les zadistes.
 Bien que possédant la supériorité numérique, les gendarmes mobiles avaient échoué à maîtriser le terrain dans un délai que le gouvernement voulait évidemment court – politique oblige.
Car chez les zadistes, il n’y a pas que des non-violents.

 Les gendarmes ont donc été confrontés à « 500 opposants dans la zone, dont 150 plus virulents », selon Pierre-Henri Brandet, porte-parole du ministère de l’Intérieur (Le Monde, 24/11/2012)

D’après un officier, le « noyau dur » des opposants est constitué d’environ « 150 activistes gravitant dans la mouvance anarcho-autonome » (Le Figaro, 24/11/2012).

Les gendarmes savaient évidemment qu’ils se heurteraient à une résistance physique très déterminée car les « anarcho-autonomes » sont habitués à se battre.
 Affronter les forces de l’ordre ne leur fait pas peur.
S’ils reculent ici,ils repartent à l’attaque plus loin.
 D’où l’échec des gendarmes le deuxième jour, alors qu’ils comptaient sur leur supériorité numérique et leur force physique pour régler la question avec célérité.
Place Beauvau, on avait sans doute prévu que vingt-quatre heures suffiraient.
Mais dans ce pays de boccage,  des « guerriers endurcis » sont évidemment à leur avantage, d’autant plus qu’ils bénéficient du soutien des paysans du secteur qui arrivent avec leur tracteur dès que les gendarmes interviennent.
Manuel Valls Premier ministre réussira-t-il en 2016 là où Manuel Valls ministre de l’Intérieur avait échoué en 2012 ?

 L’assaut final semble à l’étude.
Le journaliste Dominique Bloyet nous livre quelques informations à ce sujet : «Officiellement les autorités et les porteurs du projet gardent dans l’objectif le mois d’octobre évoqué à plusieurs reprises par le Premier ministre.
 Plusieurs signes laissent à penser que les forces de l’ordre n’attendent plus que le feu vert.
 Elles s’y préparent en tout cas depuis des mois.
Entre les congés d’octobre gelés dans plusieurs escadrons de gendarmes mobiles et la réservation de maîtres chien par le groupe Vinci à partir de la mi-octobre, le scénario est écrit.

Ces dernières semaines, les réunions se multiplient en préfecture.
 
Selon nos informations, le ministère de l’Intérieur prévoit de mobiliser au total jusqu’à 3000 gendarmes.

 Le scénario d’intervention qui semble tenir la corde serait celui d’une action consistant à intervenir sur un secteur donné puis à le sécuriser avant de passer au secteur suivant, jusqu’à évacuation complète de la ZAD.
Le dispositif prévoit également un large périmètre de sécurité durant l’opération pour interdire, bien en avant, l’accès à la ZAD.

 Un nombre de 600 gendarmes est avancé pour la première phase.

 « On s’attend à une forte résistance. Il va y avoir quinze jours à trois semaines de lourd », prédit un cadre de la gendarmerie.
Le plus difficile étant de tenir dans la durée les secteurs évacués, sachant que les forces de l’ordre devront également répondre à une montée en charge pour les fêtes de fin d’année dans le cadre du plan de lutte contre le terrorisme.

Sans oublier de possibles actions des anti-aéroports en dehors de la ZAD… (Presse Océan, 15/09/2016)
 
Démarrer l’affaire ne sera pas aussi facile que certains peuvent le croire car les opposants au projet de construction de l’aéroport (zadistes et autres) seront informés de la date du démarrage de la « lutte finale ».
 Une opération aussi lourde exige en particulier la réquisition d’hôtels dans le secteur pour loger la « troupe ».
 Et les fuites seront immédiates, d’où l’arrivée de « renforts » sur le site et l’organisation immédiate de la défense.
 
En attendant, Julien Durand, paysan à la retraite et figure emblématique de la lutte anti NDDL, garde son sang-froid : «On ne va pas s’affoler pour ça. C’est une stratégie pour maintenir la pression. On va s’occuper de ces arrêtés sur le plan juridique».
Mais on se prépare aussi à la bagarre : «Nous, on est droit dans nos bottes, on ne bougera pas», prévient Dominique Fresneau, autre opposant historique.
On est chez nous. S’ils attaquent, on se défendra.» (Presse Océan, 15/09/2016).
 
Mobilité, rapidité et surprise ne suffiront pas cette fois aux paysans et aux zadistes pour contrer l’offensive des 3000 hommes que Manuel Valls compte envoyer à Notre-Dame-des-Landes.
 L’heure de la « professionnalisation » a sans doute sonné.
On a déjà eu l’occasion de voir à la télé des paysans faire reculer les gendarmes mobiles en utilisant l’arme abolue : la tonne à lisier.
 
Un gendarme bien arrosé n’a plus envie de charger ; non seulement sa supériorité manœuvrière et son ardeur à la tâche disparaissent, mais encore il ne pense plus qu’à une chose : aller prendre une douche.
Or il se trouve que tous les paysans du secteur sont équipés de tonnes à lisier et qu’ils se mobilisent facilement…
Le lisier peut donc faire flancher le moral des gendarmes et les renvoyer dans leurs casernes !
 
Et comme le 20-heures de TF1 et de France 2 a besoin de spectaculaire, ces images seraient du meilleur effet.

 Quand guignol rosse le gendarme, il n’y a pas que les enfants à rire.

 On notera au passage que ces 3000 hommes représentent un quart de l’effectif total de la gendarmerie mobile (13 000).

En ces temps troublés, peut-on mobiliser un tel contingent pour une affaire qui n’a rien de stratégique, alors que la protection de la population constitue une priorité ?
 
 Bernard Morvan
 
Photo : DR
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