lundi 19 septembre 2016

Affaire libyenne : Nicolas Sarkozy devrait se retirer de la vie politique




Le 19/09/2016
Christophe Servan

Il incombe maintenant aux Français de rappeler à Nicolas Sarkozy que, dans cette triste affaire, c’est lui qui était en première ligne.

Le rapport parlementaire britannique sur la Libye – « Examination of intervention and collapse »– a été rendu public la semaine dernière.
Ce document, je l’ai lu en entier et tous les Français anglophones devraient faire de même. Pourquoi ?
Parce qu’il nous concerne, nous Français, au premier chef.
Dès les premières pages, il est en effet souligné que c’est bien la France qui a joué le rôle moteur dans cette affaire.
 La France, c’est-à-dire Nicolas Sarkozy, actuel candidat à la présidence de la République.

Le rapport commence par rappeler que la Libye, au début de ce siècle, avait tourné le dos à une longue histoire d’assistance au terrorisme et s’était engagée dans la voie de la rédemption avec le soutien et de Tony Blair (indemnisation des victimes de Lockerbie) et de Nicolas Sarkozy (libération des infirmières bulgares).
Le revirement de ce dernier a donc été aussi soudain que brutal.
 Le rapport se demande pourquoi et, s’appuyant sur un document déclassifié du département d’État (américain), identifie cinq hypothèses :

1) le motif pétrolier ;
2) l’influence française en Afrique du Nord ;
3) des considérations de politique intérieure ;
4) redorer le blason de l’armée française ;
5) faire échec à la volonté supposée de Kadhafi de supplanter la France dans toute l’Afrique francophone.

Le rapport en vient ensuite à examiner le bien-fondé du motif officiellement retenu pour justifier cette intervention, à savoir la menace d’un génocide sur la ville de Benghazi.
Là aussi, le rapport est parfaitement clair : il n’existe aucun élément de preuve qui puisse laisser penser que Kadhafi avait cette intention.
 Au contraire, le rapport rappelle que l’armée libyenne, avant Benghazi, avait déjà reconquis quelques villes mineures (Ajdabiya) sans effusion de sang, contre la promesse d’une aide au développement accrue.

Troisième point-clé, le mandat de l’ONU (résolution n° 1973) visait uniquement la protection des populations civiles et en aucun cas un changement de régime.

Dans tout le document, il est question de la pauvreté du « renseignement » à disposition des alliés, de la méconnaissance du terrain et de décideurs politiques qui perdent leur sang-froid, abusés par des trublions et/ou des intellectuels de salon.

La deuxième partie du rapport est consacrée aux conséquences de l’effondrement du régime de Kadhafi.
Parmi celles-ci, on peut citer : le trafic des armes abandonnées par le régime en direction de la Syrie, l’appel d’air aux migrants de l’Afrique subsaharienne suite à l’ouverture d’une zone de passage non contrôlée, l’implantation durable aux porte de l’Europe des mouvements islamiques radicaux tels que Al-Qaïda et Daech.

Bref, l’affaire libyenne a été non seulement une erreur magistrale dont nous vivons les conséquences aujourd’hui, mais aussi un crime au regard de la Charte des Nations unies.

Une de ces fautes qui non seulement disqualifie à jamais leurs auteurs, mais devrait les conduire devant les tribunaux internationaux.

David Cameron a annoncé qu’il se retirait de la vie politique la veille de la sortie de ce rapport, il incombe maintenant aux Français de rappeler à Nicolas Sarkozy que, dans cette triste affaire, c’est lui qui était en première ligne.

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