dimanche 31 juillet 2016

Les chauffeurs épuisés par le caillassage répété de leurs bus à Nanterre

Ariane Riou
31 juillet 2016


  Nanterre, juillet 2016.  Les bus des lignes 304 et 159 sont souvent caillassés. Certains chauffeurs de bus sont excédés. (LP/A.R.)
La défaite des Bleus, en finale de l’Euro le 10 juillet dernier, n’est pas bien passée.
 
Ce soir-là, le bus 304 qui relie la place de la Boule à Nanterre à la station de métro des Courtilles, entre Asnières et Gennevilliers, a été caillassé à coups de pavés par un groupe de "jeunes" aux alentours de l’arrêt Noël-Pons, à l’entrée du Petit-Nanterre. Un événement brutal, et malheureusement pas si rare sur cette ligne qui traverse certains quartiers sensibles de la ville.
Depuis le début de l’année, huit atteintes aux personnes et aux biens ont été recensées par la RATP sur la ligne 304, contre quatre pendant la même période en 2015.

Mais également sept sur le 159, qui relie la cité du Vieux-Pont, à Nanterre, à La Défense en passant par le quartier du Parc sud, où ont lieu la majorité des caillassages.
L’année dernière, la RATP en avait recensé cinq.
De quoi excéder certains chauffeurs qui travaillent sur ces lignes.

« Ça arrive surtout de nuit, les soirs où il y a des événements particuliers, observe l’un d’entre eux, qui préfère rester anonyme. Le plus souvent, il s’agit de caillassages. Mais il y a quelques mois, un chauffeur du 304 a également dû affronter des tirs de balles.
 

Le bus 304 a été caillassé le soir de la finale de l’Euro à Nanterre. (DR)


« Quand on conduit à ces moments-là, on y pense, reconnaît un autre. On essaie de faire abstraction pour faire notre travail, mais parfois c’est difficile. »

Lorsqu’un incident de ce type surgit, la RATP, qui « condamne ces incivilités graves », a mis en place des « dispositifs de déviation prévus à l’avance et connus des conducteurs ».
Les déviations peuvent durer quelques heures, voire toute une journée le lendemain par mesure de sécurité.

« Les chauffeurs sont bien seuls au moment des attaques »

« Et ce sont les usagers qui sont directement impactés », soupire un chauffeur, syndiqué CGT.
Pour autant, « les équipes de sûreté de la RATP et les commissariats de police des communes limitrophes sont mobilisés pour intervenir », argue la régie, tout en rappelant la présence de la vidéosurveillance dans tous les bus et le « contact permanent avec le PC sécurité ».
Sauf que, dans les faits, « les chauffeurs sont bien seuls au moment des attaques », gronde un machiniste régulier de la ligne 304.
 « S’il y a des usagers, il faut qu’il les mette d’abord en sécurité. C’est son sang-froid qui entre en jeu », décrypte-t-il.
Et puis, « on ne sait pas exactement à quel point ça peut toucher ceux à qui c’est arrivé. Ils ont tendance à faire les fiers… », renchérit le même syndiqué CGT.

Le bus 235 ne traverse plus le Luth, à Gennevilliers, depuis plus de trois ans

 
Gennevilliers, 2011. La ligne de bus est déviée depuis fin 2012. (LP/Valérie Mahaut.)

Les incivilités sur des lignes de bus peuvent parfois conduire à des déviations permanentes.
A Gennevilliers, la ligne de bus 235 ne traverse plus le quartier du Luth depuis fin 2012.
 Outre les caillassages à répétition, les incivilités avaient atteint leur paroxysme en 2011 lorsqu’un conducteur avait été aspergé d’essence par des inconnus qui avaient ensuite tenté de mettre le feu au véhicule.
 Obligeant la RATP à dévier le bus le long de l’avenue Lucien-Lanternier, qui longe le Luth.
Mais, aujourd’hui, « il n’y a plus aucun transport en commun qui traverse le quartier, observe Eloi Simon, conseiller municipal (FDG) à Gennevilliers, qui demande la restitution de l’ancien trajet.
« Pour les personnes âgées qui vivent au Luth, qui ont des difficultés à se déplacer, ça devient compliqué…, poursuit l’élu. Mais je comprends aussi la crainte des chauffeurs. »

 Pour l’instant, aucune modification n’est prévue par la RATP pour deux raisons : l’« impossibilité de circuler à cause de problèmes d’entraves à la circulation » — en l’occurrence, des voitures garées sur la voie publique — et la « non-garantie de retour à des conditions sécuritaires normales ».
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