samedi 20 février 2016

L’antisémitisme selon BHL

                                                    

Le 20/02/2016
BHL voit « de l'antisémitisme partout », certes, mais n'eût-il pas été de bon aloi de lui reprocher ce qu'il ne voit pas, ou ce qu'il se refuse à nommer distinctement ?
   
Ce n’est pas sans un certain amusement que l’on voit se développer une polémique à propos des nouvelles fantaisies paranoïaques de Bernard-Henri Lévy.
Invité à parler de son dernier livre L’Esprit du judaïsme dans l’émission « On n’est pas couché », il s’est librement adonné à son vice de dénonciateur obsessionnel en affirmant que messieurs Fabius et Strauss-Kahn, eu égard à leurs « affaires » respectives, furent très probablement les victimes de sournoises menées antisémites.
 Même Laurent Ruquier et Léa Salamé, qui ne sont pas connus pour leurs hauts faits de résistance intellectuelle, se sont trouvés dans l’obligation de lui suggérer qu’il allait peut-être un peu loin.
S’il est vrai que les propos du philosophe, éternel pourfendeur de la « France antisémite », manquent pour le moins de mesure et de clairvoyance, ils n’en étaient pas moins fort prévisibles ; et lorsque la déraison est si flagrante, il y a peu de mérite à la souligner, d’autant qu’elle est devenue presque légendaire, et qu’elle a déjà fait l’objet de multiples éreintements médiatiques.
BHL est, à vrai dire, une cible facile, et l’on peut être sûr qu’un journaliste, lorsqu’il s’en prend à une figure notoire de l’antiracisme, ne le fait que dans un sillon préalablement creusé par les éminents penseurs de la presse de gauche.
Sans ces cautions morales, il préfère se taire, éviter le sujet qui fâche et attendre qu’un autre, plus intouchable que lui-même, prenne le risque de « libérer la parole ».


Lire aussi : BHL tel quel
 
C’est pourquoi ni les Ruquier ni les Salamé ni aucun autre ne se sont empressés de reprocher à BHL un oubli pourtant grossier dans sa brillante démonstration ; car cet oubli-là, si général, si implicite dans les médias, personne n’ose le relever, tout le monde s’en accommode assez bien.
Tout le monde semble accepter que l’on disserte longuement et doctement sur l’antisémitisme – sa vivace résurgence – sans évoquer sa virulence croissante au sein du monde arabo-musulman.
Ce n’est pas faute de se montrer et de s’assumer ; jamais il n’a été plus clairement professé et mis en acte – sinon, peut-être, en des heures plus sombres de notre histoire…
BHL voit « de l’antisémitisme partout », certes, mais n’eût-il pas été de bon aloi de lui reprocher ce qu’il ne voit pas, ou ce qu’il se refuse à nommer distinctement ?

 Un récent sondage IFOP sur les préjugés antisémites, commandé par l’UEJF et SOS Racisme, réussit l’exploit de ne poser aucune question permettant d’identifier l’origine principale de ces préjugés.

On y découvre, par exemple, que 32 % des personnes interrogées sont d’accord avec l’affirmation : « Les juifs utilisent aujourd’hui, dans leur propre intérêt, leur statut de victime du génocide nazi. »

 Pour SOS Racisme, comme pour BHL, cet odieux préjugé provient assurément d’une sphère néo-fasciste indéterminée.

 Et nulle part, dans les grands médias, ce grand déni complice n’est soumis à une juste critique.

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