lundi 25 janvier 2016

Le jour où Daech paralysera nos communications, nos transports, nos sources d'énergie...



Publié le | lepoint.fr

 
Alors qu’Al-Qaïda utilisait des téléphones portables ordinaires, et des cartes prépayées, Daech sait parfaitement crypter ces appareils depuis 2013, tout comme les courriers électroniques. 
 
Alors qu’Al-Qaïda utilisait des téléphones portables ordinaires, et des cartes prépayées, Daech sait parfaitement crypter ces appareils depuis 2013, tout comme les courriers électroniques.
 © SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA


Le groupe État islamique recrute des hackers et la cyberguerre qu'il prépare risque d'être plus meurtrière encore que les attentats-suicides.

Les Anonymous sont un collectif de hackers particulièrement doués qui défend par des actions spectaculaires le droit à la liberté d'expression sur Internet.
Depuis l'attaque contre Charlie Hebdo, cette communauté virtuelle a déclaré la guerre au terrorisme.
Pourtant, l'un de ses membres, un ingénieur informaticien suisse, converti à l'islam, a rejoint Daech, révèle Jean-Paul Rouiller, ancien des services secrets helvétiques, et fondateur du Geneva Centre for training and analysis of terrorism (GCTAT).
« Actuellement, 80 % des ressources informatiques des terroristes sont dévolues à leur communication, à la diffusion de leur vision du monde, au recrutement. La capacité de nous frapper, de casser nos réseaux est encore réduite. Mais ils s'activent aujourd'hui pour recruter des hackers », ajoute Jean-Paul Rouiller.
Alors qu'Al-Qaïda utilisait des téléphones portables ordinaires, et des cartes prépayées, Daech sait parfaitement crypter ces appareils depuis 2013, tout comme les courriers électroniques.
 Récemment, une note des services de renseignements français révélait qu'un groupe d'informaticiens aurait été constitué afin d'aider les djihadistes à communiquer le plus discrètement possible.
 Ces experts titulaires de diplômes universitaires fonctionneraient comme une « cellule d'assistance informatique ».
 Le jour où les terroristes auront la capacité de s'attaquer à nos réseaux, et donc à tous les objets connectés (il y en a aujourd'hui 18 milliards, il y en aura 50 milliards en 2020), les dégâts seront inimaginables.
Beaucoup plus meurtriers que ne peuvent l'être les attentats-suicides.

Clouer au sol toute l'aviation

 
« Il suffit de 40 cybercriminels particulièrement expérimentés pour mettre un pays à genoux. Ils peuvent désorganiser nos télécommunications, nos moyens de transport, nos sources d'énergie », ont expliqué les différents intervenants qui participaient à Neuchâtel, en Suisse, à un colloque consacré à la lutte contre la cybercriminalité.
Ce colloque, organisé par l'Association suisse de la sécurité de l'information, faisait notamment intervenir Joseph Billy, ancien directeur adjoint en charge de la division de contre terrorisme du FBI, Gal Messinger, ancien officier des forces de sécurité israéliennes, le Français Alain Bauer, professeur de criminologie appliquée au Conservatoire national des arts et métiers.

Ces spécialistes de la cybercriminalité relatent que lors du conflit qui opposait Moscou à Tbilissi, la Russie a réussi, grâce à l'informatique, à clouer l'aviation géorgienne au sol.
Plus récemment, les Iraniens ont pu intercepter un drone américain qui survolait leur territoire.
Il suffit pour cela d'intercepter le flux entre le centre de commandement et le drone.

 Le problème, c'est que les particuliers, comme d'ailleurs les chefs d'entreprise, n'ont toujours pas saisi que des hackers mal intentionnés savent bloquer votre voiture, couper votre chauffage, vider votre compte en banque.
Ils peuvent aussi s'en prendre aux pacemakers des personnes souffrant de problèmes cardiaques…

Un faux loup solitaire

 
Alain Bauer, qui clôturait ce colloque, n'a guère parlé de hackers et de cyberguerre, mais les services secrets français ont dû entendre leurs oreilles siffler.
 
« Un jeune policier d'origine maghrébine avait fort bien compris le degré de dangerosité d'un Mohamed Merah, avant qu'il n'assassine sept personnes, dont trois enfants juifs, mais sa hiérarchie, à Paris, n'a rien voulu savoir. Comme Merah ne portait pas de djellaba ni de barbe, et qu'il buvait de l'alcool, ils en ont déduit que ce n'était pas un terroriste ! Les services français savent compiler les infos, faire des fiches, mais ils ne savent pas analyser », lâche le criminologue.

Pendant longtemps, Mohamed Merah a été présenté comme un loup solidaire, qui se serait radicalisé seul, derrière son ordinateur.
 Jean-Paul Rouiller, l'ancien membre des services secrets suisses, rappelle que le jeune terroriste franco-algérien a été formé en 2011 dans les montagnes pakistanaises par le Tunisien Moez Garsallaoui, longtemps résident dans le canton de Fribourg.
 Marié à Malika el-Around, veuve d'un des assassins du commandant Massoud, Moez Garsallaoui (tué depuis par un drone américain) était l'un des précurseurs de la communication informatique des terroristes.

 « Sur ses sites internet, il y avait des salons privés, qui n'étaient accessibles qu'aux initiés, où par exemple le numéro 2 de l'organisation, Ayman al-Zawahiri, a pu discuter du sort d'otages retenus dans le désert avec des dirigeants d'Aqmi. »

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