mardi 30 juin 2015

Pascal Bruckner : « Vers une guerre civile ? »


21h45
                          

Les événements de janvier 2015 ont prouvé deux choses : qu’une grande nation peut se trouver en quelques heures au bord de l’abîme du fait d’une poignée de tueurs capables de semer la panique.

Pendant deux jours, tout a semblé possible, surtout le pire.
 Mais, dans l’ensemble, une fois les sicaires neutralisés et la sidération passée, les Français ont réagi de manière extraordinairement civilisée : aucun appel à la haine, aucun pogrom ou expédition punitive, quelques actes malveillants, inévitables dans ce contexte. [...]


Mais cette retenue est fragile.
Si demain des nervis commençaient à tirer sur les fidèles dans une église ou dans une synagogue, provoquant un bain de sang, le risque de représailles augmenterait de façon vertigineuse.
c’est exactement ce que veulent les djihadistes : couper définitivement les fidèles du coran de la communauté nationale et provoquer une guerre civile dont ils s’imaginent sortir vainqueurs. [...]


Il suffirait d’un dérapage pour que la vieille extrême droite resurgisse et retrouve, plutôt dans ses marges, sa tradition insurrectionnelle.
 Le pire pourrait se produire : une équipée d’identitaires allant attaquer des mosquées tandis que les banlieues s’embraseraient sous bannière coranique.
Alors, deux formes de sauvagerie se feraient face et ce serait le pire cas de figure : l’une renouant avec le fascisme d’hier, l’autre invoquant la mythologie du colonisé, rejouant sur le territoire français une nouvelle guerre d’Algérie.

Chaque succès de Daech en Irak, en Syrie ou en Libye suscite de nouvelles vocations, galvanise les jeunes recrues à Paris, Lunel, Marseille comme à Cologne ou à Londres.
C’est la propagande par l’exemple, l’envie de tuer du sioniste, du chrétien, du mécréant, de l’apostat portée à son comble [...]
Toutes les données qui remontent des services de renseignement font état de 1500 à 3000 individus dangereux capables d’entrainer avec eux une masse d’indécis, d’une circulation d’armes accrue dans les cités, de la conversion de caïds de quartier au sectarisme religieux.


Phénomène plus inquiétant, chaque tentative d’assassinat, loin de rebuter les candidats, les électrise, élargit le cercle ds sympathisants. [...]


Face à ce double défi, la gauche doit réactiver la tradition antifasciste héritée de la guerre d’Espagne et la droite républicaine se souvenir des grandes figures conservatrices, de Gaulle, Churchill, qui ont su s’insurger contre l’abominable. [...]
Chez nous, les citoyens sont désarmés et c’est à priori une sage décision. [...]
Pour éviter la montée aux extrêmes, la constitution de milices de quartier, le cycle sanglant des vengeances et contre-vengeances, il revient à l’État d’intervenir, et vite de mobiliser toutes les forces de la police et de l’armée à l’intérieur de l’Hexagone [...]


Le Point, 25 juin 2015

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