mercredi 27 août 2014

Marion Maréchal-Le Pen : "La France est à la fin d’un cycle politique"

Mercredi 27 Août 2014 à 10:32 (mis à jour le 27/08/2014 à 10:36)
Par Geoffroy Lejeune, Raphaël Stainville
 
 

Benjamine de l'Assemblée nationale. Marion Maréchal-Le Pen n'envisage pas la suite de sa vie politique sans un passage dans le privé. Photo © AFP
 
Interview. Consciente de “l’impuissance politique” auquel son isolement la réduit à l’Assemblée, l’unique députée du Front national dresse un tableau sans concession du pouvoir socialiste, distribue les bons et les mauvais points à l’opposition et évoque son avenir en dehors du FN.
 
Craignez-vous le retour probable de Nicolas Sarkozy ?

Nicolas Sarkozy a échoué dans sa tentative d’incarnation de l’homme providentiel.
Il a mis son parti et son pays à genoux, trahissant ses promesses et méprisant le vote des Français sur la Constitution européenne.
 C’est un homme du passé, il parvient à survivre politiquement uniquement grâce à la médiocrité de son successeur.
 Aujourd’hui, il sert habilement la gauche en détournant le regard de la politique gouvernementale vers ses frasques.

En 2007, vous aviez pourtant confié à Jean-Marie Le Pen avoir été tentée par Nicolas Sarkozy ?
 
C’est vrai.
 Il avait un dynamisme, une énergie, une modernité qui ont pu me séduire, comme ont été séduits des millions de Français.
Nicolas Sarkozy pouvait penser et dire des choses sans souffrir de l’irrespect social.
 Il était possible de se dire “sarkozyste” sans être jugé et condamné moralement.
Mais, en 2007, j’étais encore trop jeune pour voter.
Je n’étais pas sarkozyste, mais je lui ai été reconnaissante de dire certaines choses qui étaient inaudibles lorsqu’elles venaient du Front national.
Il a brisé le politiquement correct, ouvert une voie qui a permis la respectabilité des idées du FN.

Peut-on échapper à la politique quand on est une Le Pen ?

J’ai des frères, des cousins et des cousines dont je sais qu’ils n’en feront jamais.
 La politique n’a jamais été pour moi de l’ordre de l’évidence.
 Ce n’est pas sans résistance que j’ai finalement accepté de me présenter, en 2012, aux législatives. Par deux fois, j’ai décliné la proposition de mon grand-père, qui insistait pour que je me présente à Carpentras.

Je lui ai même signifié mon refus par écrit, parce que j’avais peur de devoir affronter sa déception. Mais c’est vrai que lorsque l’on est une Le Pen, que l’on a le goût de la politique, il est difficile de se dérober, de ne pas montrer l’exemple.
Il a fini par me convaincre.
Mais je le répète, pour moi, la politique n’est pas une voie toute tracée.
Je ne veux pas insulter l’avenir, mais je n’ai pas l’ambition aujourd’hui de faire carrière.
 Je ne me bats pas pour devenir vice-présidente du FN ou députée à vie.
[...]

Y a-t-il des députés qui forcent votre admiration ?

L’Assemblée nationale donne l’image d’une cour de récréation, mais certains députés se distinguent. Henri Guaino est de ceux-là.
Il a une plume extraordinaire.
Au coeur d’un hémicycle où les prises de parole sont souvent consternantes, lui élève le niveau.
J’ai de l’admiration pour la persévérance d’un Jean-Frédéric Poisson.
 Il est capable de tenir pendant des heures et des heures, nuits comprises, pour défendre des amendements en cascade.
 Dans un autre style, la grande maîtrise des questions budgétaires d’un Gilles Carrez m’impressionne.

Et dans la majorité ?

Je n’en vois aucun qui se distingue.
 Le seul qui pouvait faire impression dans l’hémicycle a eu un destin… tragique.

Jérôme Cahuzac ?
Oui. Il était très au-dessus des autres.
 Le niveau des ministres, aujourd’hui, est catastrophique !

Personne au gouvernement ne trouve grâce à vos yeux ?
Non !
[...]
Que pensez-vous de Christiane Taubira ?
Au risque de vous surprendre, je dirais qu’elle est brillante dans son expression et dans son argumentation, même si je suis en total désaccord avec elle et que nos visions de la société et de l’homme sont complètement antinomiques.
 Reste que, même si elle tient des propos souvent délirants, elle a une culture, une capacité de réaction, de repartie qui font qu’elle se démarque dans un gouvernement incolore, inodore et insipide !

Le grand public vous a découverte pendant le débat sur le “mariage pour tous”.
 En quoi cette bataille parlementaire et les manifestations qui ont ponctué l’année 2013 ont influé sur votre manière de faire et de penser la politique ?
Je ne suis pas la seule à avoir pris conscience, à l’occasion du “mariage pour tous”, que les moeurs ne peuvent être bousculées contre les peuples à grands coups d’idéologie.
 La gauche a voulu imposer ces évolutions “sociétales”.
Cela a eu pour effet boomerang le réveil d’une partie habituellement silencieuse de la population.
J’ai véritablement eu l’impression d’assister à l’éclosion d’une “génération” politique qui comptera pour l’avenir.
 Je suis intimement convaincue qu’en ces temps de crise, sur d’autres sujets, il sera possible de se défaire des logiques partisanes.

Qu’entendez-vous par là ?
Les partis politiques ne sont pas une fin en soi.
Ils ne sont que des outils.
 Quand bien même le FN serait attaché, rattaché à ce qu’on appelle la “dynastie Le Pen”, je ne me bats pas pour le Front national, mais pour une certaine idée du bien commun...Lire l'interview dans son intégralité...

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