jeudi 27 février 2014

La fable du “président normal”.

Jeudi 27 Février 2014 à 18:00 (mis à jour le 27/02/2014 à 20:08)

 Par Pierre Dumazeau




François Hollande et, en arrière-plan, Julie Gayet, fin 2011. Deux ans après, leur liaison est révélée. Photo © SIPA
Vie privée. Élu sur son opposition à Sarkozy, à qui il reprochait d’“étaler sa vie privée”, Hollande fait aujourd’hui les choux gras de la presse people.
 
« Courage à Olivier Falorni qui n’a pas démérité, qui se bat aux côtés des Rochelais depuis tant d’années dans un engagement désintéressé. »
 En moins de 150 caractères — une prouesse ! —, c’est Valérie Trierweiler, la désormais ex-compagne de François Hollande, qui a fait voler en éclats la fameuse promesse de campagne du candidat socialiste de 2012 : être un président “normal”…
Nous sommes le 12 juin 2012 et la compagne du président vient officiellement de prendre parti contre la mère de ses enfants, en difficulté dans sa campagne législative à La Rochelle…
 Vaudeville à l’Élysée, panique chez les conseillers et raillerie publique : un mois après son élection, Hollande a déjà trahi sa principale promesse
, lui qui fustigeait la « confusion permanente des genres entre la vie privée et la vie publique que les Français ne supportent plus » et qui dénonçait « la mise en scène d’un personnage qui s’exhibe » dans les années Sarkozy…

C’est en décembre 2010, lors d’un déplacement en Algérie, alors qu’il n’est qu’un petit candidat à la primaire socialiste, que Hollande invente le terme de “président normal”.
La scène, relatée par Antonin André et Karim Rissouli dans l’Homme qui ne devait pas être président (Albin Michel), voit un Hollande distancé dans les sondages par Dominique Strauss-Kahn inventer cette formule : « Le temps d’un président normal est venu. »
Son arme secrète contre DSK, puis, plus tard, Sarkozy.
 « Être un président qui tient son cap, qui évite […] les improvisations, les confusions des genres, ce serait déjà un grand progrès, non ? », préconisait-il dès 2008.
Force est de constater, pourtant, qu’en vingt et un mois d’exercice du pouvoir, rien n’a été “normal”.
Piégé par la presse people dans un accoutrement ridicule, casque de scooter sur la tête — les images ont fait le tour du monde —, rendant visite à sa maîtresse, Hollande a aggravé son cas en répudiant publiquement sa compagne trompée par un communiqué qu’il a lui-même transmis à l’AFP.
 « Le sarkozysme, c’est d’abord un narcissisme », assénait-il pourtant fin 2007.
De même accusait-il, avant d’offrir lui-même sa vie privée en spectacle, l’ancien président d’avoir obligé « les médias à le suivre dans le récit de sa propre histoire »
« Pour Nicolas Sarkozy, présider c’est parler, plastronnait enfin Hollande à l’issue des cent premiers jours de mandat de son prédécesseur.
Et convenons qu’il préside beaucoup parce qu’il parle beaucoup. Il parle de tout, il parle sur tout, il parle partout et il parle tout seul. »
 Son élection, Hollande la doit à la seule incarnation d’un antisarkozysme primaire.
« La seule rupture que Nicolas Sarkozy aura en définitive réussie, c’est celle avec ses promesses », accusait-il encore, en analysant la première année de mandat de l’ex-président.
« Un an après, l’efficacité de sa politique est nulle. Ne cherchons pas plus loin l’explication des mauvais sondages, les Français ont été floués par cette première année ratée. »

La même phrase se retourne aujourd’hui contre son auteur.
Président le plus impopulaire de la Ve République, avec moins de 20 % d’opinions favorables, il subit le contrecoup davantage de cette promesse non tenue que de l’échec de sa politique.

 Un terrible effet boomerang.

source

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Ici, les commentaires sont libres.
Libres ne veut pas dire insultants, injurieux, diffamatoires.
À chacun de s’appliquer cette règle qui fera la richesse et l’intérêt de nos débats.
Les commentaires injurieux seront supprimés par le modérateur.
Merci d’avance.