jeudi 28 novembre 2013

Dossier : Hollande, le pire président de la Ve République.

Par Geoffroy Lejeune     
        
 
Disgrâce. Il y a plus inquiétant, pour le président, que ces sondages qui mesurent chaque semaine son impopularité : les Français commencent à se poser la question de sa légitimité. 

Enquête sur le plus cinglant discrédit de la Ve République.
Elle s’interrompt pour jeter un regard interrogateur.
 À cet instant, Najat Vallaud-Belkacem cherche à convaincre son auditoire. Nous sommes au mois de mars 2013, dans les locaux de Valeurs actuelles, et la porte-parole du gouvernement est invitée pour l’un de nos déjeuners de rédaction, où nous recevons des responsables politiques de gauche comme de droite.
 Ce jour-là, la ministre des Droits des femmes se lance dans une explication de l’impopularité du président.
 « Le plus dur, explique-t-elle, c’est que, contrairement aux idées reçues, le peuple de droite n’est pas légitimiste. » Regards interloqués.
« Je vous assure, poursuit-elle, une partie non négligeable des électeurs de droite n’a pas accepté la victoire de François Hollande, en mai 2012, et ne la digère toujours pas. »
 Un temps, puis : « Il est très difficile de gouverner dans ces conditions. »

À cet instant, rien, pourtant, ne laisse présager à ce point l’échec du président de la République.

 Rien, à l’exception de son mutisme face à la “manif pour tous”, n’annonce son divorce d’avec l’opinion — il est aujourd’hui considéré par 53 % des Français comme le pire président de la Ve République (lire notre sondage exclusif page 16).
 Rien ne laisse imaginer non plus que, moins d’un an plus tard, il aura, sur fond de déclin de l’économie française, divisé et affaibli le pays, voire contribué à le ridiculiser avec l’affaire Leonarda ou ses reculades à répétition — taxation de l’épargne, écotaxe, réforme fiscale…
 En mars 2013, pourtant, l’une de ses ministres, et non des moindres, redoute déjà le procès en légitimité instruit contre François Hollande.

On pourra certes rétorquer que ces doutes sur la légitimité de la gauche au pouvoir furent invoqués à chaque fois qu’elle a gouverné.
 Chirac lui-même n’exprimait-il pas, dès 1981, ses doutes quant à la capacité de Mitterrand d’aller au bout de son mandat ?
N’a-t-on jamais parlé de « parenthèse socialiste » pour mieux minimiser l’impact des années de pouvoir de la gauche ?
 Alors ministre de l’Économie, l’UMP François Baroin ne s’est-il pas laissé aller, en pleine séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, provoquant une bronca sur les travées socialistes, à reprocher à la gauche d’être arrivée au pouvoir « par effraction », en 1997 ?

Comme s’il fallait illustrer cette fébrilité de la gauche, le premier ministre s’embarque lui aussi, et de son propre chef, sur ce terrain de la “légitimité”.

 Nous sommes le 12 novembre dernier.

À l’Assemblée nationale, l’UMP Christian Jacob se lance dans une diatribe contre le gouvernement.
 Exercice classique, pour le chef de file du principal groupe parlementaire de l’opposition : « Dix-huit mois après avoir pris le pouvoir, vous êtes impuissants et, osons le dire, vous êtes usés », attaque-t-il. Regards de défi dans les rangs de la droite, sourires crispés dans les travées socialistes.
 Silence gêné du gouvernement.
 Et Jacob de reprendre : « François Hollande a instauré une présidence molle, sans autorité, sans relief, une présidence qui bat tous les records d’impopularité.
Vous-même [Jean-Marc Ayrault, NDLR], vous êtes à la tête d’un gouvernement fantôme, rejeté par 91 % des Français. »
 Puis de conclure, définitif : « Monsieur le premier Ministre, la grave situation à laquelle nous sommes confrontés impose un sursaut. L’horizon de la France ne peut se limiter au nombre de jours où vous resterez à Matignon ! »

 L’habituel murmure qui marque la fin de la question parcourt l’Hémicycle.

Ayrault va répondre.
 Fait inhabituel, il perd ses nerfs devant cet exercice anodin pour tout chef de la majorité accusé par l’opposition.
 « Quand vous vous obstinez à vouloir faire croire qu’il y aurait une crise institutionnelle, de quoi parlez-vous, monsieur Jacob ? s’emporte le premier ministre. Remettez-vous en cause la légitimité du suffrage universel ? Je vous pose la question ! » Najat Vallaud-Belkacem baisse les yeux.
Ayrault tempête à nouveau : « Je ne pense pas que vous mesuriez la portée de votre discours […] quand vous remettez en cause l’élection du président de la République au suffrage universel ! »
Jacob s’agite pour balayer d’un revers de main le procès d’intention.

Comme pour conjurer le sort, Ayrault crie l’évidence : « François Hollande a été élu président de la République pour cinq ans ! »

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