vendredi 14 juin 2013

Montévrain : les nomades portent plainte contre la «milice» du maire

Le maire UMP de Montévrain a mobilisé ses administrés sur Facebook pour bloquer des caravanes. Une méthode dénoncée par les gens du voyage.



 Il a bien l’intention de créer une jurisprudence. Patrick Klugman, célèbre parisien, a déposé hier une plainte pour « abus de pouvoir » auprès du parquet de Meaux. Dans son viseur : Christian Robache. Le 23 mai, le maire de Montévrain a lancé un appel sur pour mobiliser ses administrés afin de bloquer l’entrée de gens du voyage sur sa commune.                                       

Ce jour-là, entre 150 et 200 caravanes tentent de s’introduire sur le parc des Frênes, sans autorisation.
Un véhicule municipal bloque le convoi, puis le maire, accompagné d’élus et des polices municipale et nationale, arrive.
 Le ton monte. A 21 heures, Christian Robache publie le message suivant sur sa page Facebook :

 « Je vous demande à tous de vous mobiliser et pas uniquement sur Facebook, j’ai besoin d’avoir les Montévrinois à mes côtés physiquement. »

 Immédiatement, une cinquantaine d’habitants se dirigent sur le site et barrent l’accès du parc aux nomades, qui quitteront finalement l’endroit dans la nuit.

« Le maire est une autorité constituée qui a des pouvoirs de police. En appelant ses administrés à constituer une milice, il est hors du cadre de la loi et de ses prérogatives », tonne Patrick Klugman, qui défend aussi des Femen ou les familles des victimes de Mohamed Merah.
 Selon lui, dans ce cas précis et « inédit », « ce ne sont pas les gens du voyage qui sont les délinquants, mais bien le maire! »

Du côté des nomades, actuellement installés à Mouroux, on espère que « la plainte empêchera d’autres élus d’employer cette méthode ». Selon Anthony Dubois, porte-parole de la communauté, l’incident à Montévrain a été traumatisant.
 « Nous sommes conscients d’être venus sans autorisation, reconnaît-il d’emblée. Mais quand le maire a appelé du renfort, nous nous sommes fait insulter, des gens ont fait le salut nazi et certains voulaient en découdre physiquement, devant nos enfants. »

 Il dénonce une « chasse aux sorcières » et assure que les nomades ont « l’habitude des relations avec la police, qui se passent toujours bien ». Par ailleurs, Anthony Dubois insiste sur le fait qu’il « n’y a pas suffisamment d’aires de grand passage en Seine-et-Marne ».

Christian Robache, lui, assure qu’il « a fait son devoir d’élu en protégeant les intérêts de la commune ». Quant à être accusé d’avoir créé une « milice », il y voit une « affabulation ».

 Dans une lettre ouverte envoyée à la sénatrice Hélène Lipietz (EELV), laquelle a publiquement condamné sa démarche, le maire UMP rappelle qu’il a « cherché une solution avec le leader du mouvement religieux » qui a « refusé toutes les propositions formulées ».

 Lors de l’incident, deux sites ont été proposés aux nomades par l’édile, en vain. Il indique aussi que ses élus, les riverains ainsi que les policiers ont été l’objet « de menaces et d’insultes », que le parc des Frênes a subi « des dégradations » ainsi que « les matériels municipaux ». Il déplore aussi « les déjections humaines faites volontairement » sur le parking Intermarché, où les nomades se sont repliés.


Le Parisien

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